Une question tournée vers l’avenir, posée au début de 1959
Tomorrow Is the Question ! est un titre résolument tourné vers l’avenir. Pour Ornette Coleman, cette ouverture est directement liée à la place de l’album dans l’histoire musicale. Il s’agissait de son deuxième LP et de son dernier album pour Contemporary avant le début des enregistrements Atlantic. Son premier album, Something Else!!!!, comprenait un piano. Ici, l’attention se porte sur le saxophone alto, la trompette, la contrebasse et la batterie. Retirer l’instrument harmonique change le fonctionnement de l’ensemble : les deux instruments à vent, la contrebasse et la batterie établissent leurs relations sans qu’un pianiste fournisse une succession continue de dispositions d’accords.
La musique est enregistrée au début de 1959 au studio de Contemporary à Los Angeles, avec Lester Koenig à la production et Roy DuNann à la prise de son. Coleman joue du saxophone alto, Don Cherry de la trompette et Shelly Manne de la batterie. Red Mitchell et Percy Heath alternent à la contrebasse. Tous deux participent à l’album, mais ils ne jouent pas simultanément : Mitchell apparaît sur les trois morceaux de la deuxième face, Heath sur les six de la première. Cette répartition montre déjà que le LP réunit plusieurs dates d’enregistrement en un programme délibérément ordonné.
La chronologie est particulièrement intéressante. Lorraine est enregistré le 16 janvier, puis Turnaround et Endless le 23 février 1959. Les six morceaux de la première face sont réalisés dans la nuit du 9 au 10 mars. Dès le 22 mai, Coleman enregistre The Shape of Jazz to Come pour Atlantic, Charlie Haden et Billy Higgins remplaçant les membres de la section rythmique entendus ici. Tomorrow Is the Question! ne paraît que plus tard dans l’année. L’ordre des séances et celui des parutions diffèrent donc, un léger décalage néanmoins révélateur dans le parcours de Coleman en 1959.

Ornette Coleman et Don Cherry, sans piano entre eux
Don Cherry partage avec Coleman le premier plan de l’ensemble sur les neuf morceaux. Saxophone alto et trompette proposent différentes façons d’aborder une même idée mélodique : un souffle soutenu, une courte entrée, une figure commune ou deux lignes qui s’écartent. Sans piano, les relations entre ces voix deviennent particulièrement intéressantes à suivre. Cela ne signifie pas que la musique doive se passer de forme ou de repères. Les décisions mélodiques et les réponses des autres musiciens deviennent plutôt des points de référence particulièrement significatifs au sein de l’interprétation.
Coleman a écrit les neuf compositions. Il ne s’agit pas d’un programme de standards dans lequel un nouvel ensemble réinterprète un matériau familier. Les thèmes appartiennent déjà à sa propre conception musicale. Le passage du matériau composé à l’improvisation devient donc un point central de l’écoute : quelle forme une mélodie prend-elle au début, quels mouvements réapparaissent ensuite, et comment les instruments à vent retrouvent-ils une idée commune ? Nul besoin d’une réponse analytique. Suivre une voix lors d’une nouvelle écoute, puis accorder son attention à l’autre, peut suffire à ouvrir un autre chemin à travers une pièce.
L’enregistrement saisit une étape particulière entre le premier album chez Contemporary et les séances Atlantic qui suivent bientôt. Cherry assure une continuité, tandis que les postes de contrebasse et de batterie changent d’un projet à l’autre. Ce serait réducteur de traiter Tomorrow Is the Question! uniquement comme la préparation d’un album plus célèbre. L’association de Shelly Manne et des deux contrebassistes lui donne une identité propre. Connaître la suite rend d’autant plus enrichissante l’écoute de cette configuration pour elle-même : neuf pièces dont chacune a ses propres proportions, jouées par des musiciens qui ne sont pas simplement interchangeables avec le futur groupe régulier.

Deux contrebassistes et deux faces de disque
La face A fait entendre Percy Heath à la contrebasse. Elle s’ouvre sur le morceau-titre et passe par Tears Inside, Mind and Time, Compassion et Giggin’ pour arriver à Rejoicing. La plupart de ces pièces durent entre trois et cinq minutes. L’enchaînement propose une succession d’entrées brèves, de thèmes et de nouveaux départs. Cela peut constituer une introduction accessible : au lieu d’entrer par une improvisation prolongée, l’auditeur rencontre plusieurs pièces plus courtes, chacune établissant un autre point de départ. Une période d’enregistrement commune et une formation inchangée donnent à la face sa continuité.
Red Mitchell tient la contrebasse sur la face B. Lorraine précède Turnaround et Endless, tous trois issus des deux séances antérieures. Avec un peu moins de huit minutes, Turnaround est l’interprétation la plus longue de cette édition. Retourner le disque introduit donc une autre échelle de durée ainsi qu’un autre contrebassiste. Trois interprétations plus longues équilibrent six pièces plus courtes. Cette organisation peut être perçue directement, sans garder un tableau discographique près de la platine : le format même du LP raconte déjà une partie de l’histoire de son enregistrement.
Shelly Manne reste à la batterie tout au long des deux faces. Sa présence constante relie les séances, comme le font celles de Coleman et de Cherry. Lors d’une nouvelle écoute, essayez de porter une attention particulière à la contrebasse et à la batterie : où soutiennent-elles un mouvement commun, où introduisent-elles un accent propre, et comment l’espace sous les instruments à vent change-t-il ? Ces relations offrent une voie d’accès à l’enregistrement, tout comme les thèmes de Coleman et leur retour en offrent une autre. Les notes de pochette de Nat Hentoff, datées du 14 septembre 1959, appartiennent à la présentation originale d’un album dont le titre s’adresse à l’avenir, tandis que la réalisation concrète s’enracine dans ces séances de Los Angeles.
Contemporary Acoustic Sounds Series : l’édition de 2023
L’édition proposée est ACONC 596, publiée par Craft Recordings sous la référence CR00596 : un LP stéréo de 180 grammes à 33⅓ RPM dans la Contemporary Records Acoustic Sounds Series. Cette édition paraît en 2023. Bernie Grundman assure le mastering entièrement analogique à partir des bandes originales, comme l’éditeur le précise pour ce titre. Le disque est fabriqué chez Quality Record Pressings et présenté dans une pochette contrecollée de Stoughton Printing. Ce sont les caractéristiques de cette édition sur un seul LP, et non le contenu ou la présentation d’un coffret Coleman ou d’un SACD distinct.
Le format à 33⅓ RPM conserve les deux faces originales comme sections continues. Sur cet album, retourner le disque revêt un sens particulièrement clair : cela fait passer des six interprétations de mars avec Percy Heath aux trois pièces antérieures avec Red Mitchell. La répartition des durées et le changement de contrebassiste restent directement perceptibles. Écouter attentivement l’album en deux temps permet aussi de suivre cette répartition significative des séances. La vitesse de lecture seule ne constitue pas une garantie de qualité ; elle détermine ici surtout l’enchaînement pratique et la longueur des séquences musicales entre les interruptions.
Pour les collectionneurs, cette édition associe une place bien définie dans le catalogue Contemporary à des informations documentées sur la bande source, le mastering, l’usine de pressage et la pochette. Le point d’entrée musical est plus simple encore : neuf compositions de Coleman, deux instruments à vent, deux contrebassistes en alternance et Shelly Manne comme partenaire constant. Ce groupe particulier de musiciens raconte sa propre part de l’histoire du jazz de 1959. Vous commandez auprès de Michael 45 en Allemagne. Nous organisons l’importation depuis les États-Unis et l’expédition depuis Hilden.
Série : Contemporary – les 24 disques : le jazz ensoleillé de Los Angeles
Musiciens
Musiciens participants et crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Ornette Colemansaxophone altoParticipation : Les 9 pistes
- Don CherrytrompetteParticipation : Les 9 pistes
- Percy HeathcontrebasseParticipation : A1–A6
- Red MitchellcontrebasseParticipation : B1–B3
- Shelly MannebatterieParticipation : Les 9 pistes
Les numéros des morceaux et les références aux faces renvoient à cette édition.












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