Steely Dan, quand un duo d’auteurs-compositeurs devient un groupe
Can’t Buy a Thrill est un premier album à plusieurs visages. Donald Fagen et Walter Becker écrivent les chansons, mais en 1972 plusieurs chanteurs se partagent les micros au sein du groupe, qui réunit aussi des instrumentistes à la personnalité bien identifiable. Autour de Fagen et Becker se trouvent les guitaristes Denny Dias et Jeff « Skunk » Baxter, le batteur Jim Hodder et le chanteur David Palmer. Pour qui associe surtout Steely Dan aux formations de studio soigneusement renouvelées des années suivantes, ce point de départ est particulièrement révélateur. Le duo d’auteurs familier est déjà présent, tandis que le groupe qui l’entoure prend une autre forme.
Becker et Fagen se rencontrent au Bard College en 1967. Après avoir tenté de placer leurs chansons à New York, ils s’installent à Los Angeles, où le producteur Gary Katz les fait entrer chez ABC comme auteurs-compositeurs. Le premier album est enregistré au Village Recorder en août 1972 et publié par ABC Records en novembre de la même année. Roger Nichols assure la prise de son, assisté de Tim Weston. Le travail de deux auteurs devient ainsi un album façonné par les voix et les instruments d’un ensemble plus large de participants.
Palmer rend particulièrement sensible l’écart avec l’image familière des années suivantes. Il chante « Dirty Work » et « Brooklyn », tandis que Hodder tient le chant principal sur « Midnite Cruiser ». La voix de Fagen n’est donc pas la seule à donner leur perspective aux chansons de Becker et Fagen. Palmer appartient à cette première période et quitte le groupe l’année suivante. Son chant reste un élément essentiel du premier album ; il ne faut pas l’effacer de son histoire au motif que les disques suivants ont pris une autre direction.
L’édition UHQR apporte un grand soin à la réalisation matérielle de cet album des débuts. Avant de parler de Clarity Vinyl et de 45 RPM, il est toutefois intéressant d’aborder le disque comme un programme musical. Dix chansons révèlent différentes manières de faire du même duo d’auteurs un groupe. Les changements de chanteur principal, les apports distincts des guitares et les interventions supplémentaires des vents et des chœurs donnent à la première formation de Steely Dan son intérêt particulier.

De « Do It Again » à « Turn That Heartbeat Over Again »
« Do It Again » ouvre l’album, avec le solo caractéristique de sitar électrique de Denny Dias, tandis que Fagen assure les claviers et le chant principal. Le mot électrique compte ici : le crédit ne désigne pas un sitar acoustique traditionnel. Ce premier morceau montre déjà comment une couleur instrumentale précise peut devenir une composante essentielle d’une pièce soigneusement construite. Son identité ne tient pas seulement à la mélodie ; elle reflète aussi le choix du musicien chargé de chaque voix.
« Dirty Work » place immédiatement Palmer au premier plan. Jerome Richardson est associé à son solo de saxophone ténor et Snooky Young au bugle. Elliott Randall intervient à la guitare solo sur « Kings », avec les chœurs de Clydie King, Sherlie Matthews et Venetta Fields. « Midnite Cruiser » confie ensuite le chant principal à Hodder. Cette succession invite à entendre les changements de musiciens comme une partie intégrante de la musique. Un album peut établir un langage commun sans que toutes ses chansons soient portées par le même chanteur.
Randall revient à la guitare solo sur « Reelin’ in the Years ». Il ne faut donc pas attribuer automatiquement cette célèbre contribution à l’un des deux guitaristes permanents du groupe. Baxter est, pour sa part, également crédité à la pedal steel, notamment sur « Fire in the Hole ». Ces distinctions rendent la lecture des crédits utile. Au lieu de réduire tout le disque à une seule sonorité de guitare, on peut relier les apports individuels à des chansons précises et les redécouvrir à l’écoute suivante.
« Brooklyn (Owes the Charmer Under Me) », « Change of the Guard » et « Turn That Heartbeat Over Again » composent la quatrième face de cet UHQR. Les dix compositions sont signées Becker et Fagen. Cette séquence finale rappelle que l’album forme un ensemble de chansons ayant chacune leur identité, au-delà des titres d’ouverture les plus connus. Suivre tout le programme révèle un groupe qui réunit des voix et des couleurs contrastées autour d’une identité d’écriture commune et reconnaissable.

Les musiciens derrière le premier album
Fagen est crédité au piano, au piano électrique, à l’orgue et au chant ; Becker à la basse électrique et au chant. Dias et Baxter apportent différentes couleurs de guitare, tandis que Hodder assure la batterie, les percussions et le chant principal sur « Midnite Cruiser ». Palmer a sa propre place de chanteur au sein du groupe. Les crédits de l’album ne signifient pas que chaque instrument cité figure sur chaque morceau. Ils décrivent une participation au projet dans son ensemble ; lorsqu’une contribution particulière peut être attribuée avec certitude à un titre, cette précision est utile.
Des invités élargissent ce noyau. Aux côtés de Randall, Richardson et Young, Victor Feldman est crédité aux percussions. King, Matthews et Fields apportent les chœurs, notamment sur « Kings » et « Brooklyn ». Ce premier album repose donc déjà sur un rapport entre un groupe et des spécialistes invités. On peut y reconnaître un lien avec la suite de l’histoire de Steely Dan sans prétendre que les méthodes de travail de 1972 étaient identiques à celles d’un album ultérieur.
Une manière enrichissante de revenir au disque consiste à se concentrer sur les changements. Comment le point de vue d’une chanson se transforme-t-il lorsqu’un autre chanteur prend le relais ? Quelle place un solo de guitare occupe-t-il dans le morceau, et comment l’accompagnement fait-il ensuite avancer la musique ? À quel endroit un instrument à vent supplémentaire apporte-t-il une contribution brève mais déterminante ? Ces questions n’exigent pas de jugement préalable sur l’enregistrement. Elles attirent l’attention sur ce qu’un solide ensemble de musiciens peut accomplir : faire de chansons écrites des événements musicaux singuliers.
Pour les collectionneurs, ce premier album fournit aussi un point de départ pour reconsidérer les suivants. Fagen et Becker restent au cœur de l’écriture, tandis que les musiciens et les pratiques de production changent. Can’t Buy a Thrill conserve la trace du premier groupe et de voix qui n’occuperont plus ensuite la même place. Il représente donc davantage que la première entrée d’une discographie. Il constitue un chapitre à part entière, que les réussites ultérieures ne peuvent simplement remplacer.
UHQR : quatre faces et une édition précisément identifiée
L’édition proposée ici porte la référence AUHQR 0009-45. L’album se répartit sur deux disques à 45 RPM pressés sur Clarity Vinyl de 200 grammes. Bernie Grundman a gravé les laques, Analogue Productions indiquant la bande master originale comme source. Le pressing a été réalisé chez Quality Record Pressings, et la galvanoplastie est créditée à Stan Bishop. Ce sont les caractéristiques de l’UHQR, à distinguer du SACD disponible séparément et des autres rééditions vinyle du même album.
La répartition des faces est volontairement concise. La face A contient « Do It Again » et « Dirty Work » ; la face B réunit « Kings », « Midnite Cruiser » et « Only a Fool Would Say That ». La face C associe « Reelin’ in the Years » à « Fire in the Hole », tandis que la face D accueille les trois dernières chansons. À distance égale du centre du disque, une rotation à 45 RPM donne une vitesse de défilement du sillon plus élevée sous le diamant, et la répartition sur quatre faces offre davantage de surface de gravure par minute de musique. Le résultat audible dépend aussi du mastering, du pressing et de la lecture. Le format ne remplace pas, à lui seul, une comparaison à l’écoute.
La présentation destinée aux collectionneurs comprend une pochette tip-on gatefold numérotée, l’étui UHQR et un livret avec de nouvelles notes de Donald Fagen, préparées avec l’aide de Fred Kaplan. Des photographies des boîtes de bandes apportent un autre éclairage sur l’histoire de l’enregistrement. Le tirage annoncé est de 20 000 exemplaires. Pour qui souhaite consacrer du temps à cet album, ces documents constituent une part significative de l’édition, et pas seulement un emballage plus grand autour des mêmes chansons.
Les changements de face sont plus nombreux qu’avec un LP simple à 33⅓ RPM. Choisir cette version revient à retenir délibérément le format UHQR soigné et son procédé de fabrication particulier. Au cœur de cette édition reste la musique du premier album de 1972 : un duo d’auteurs-compositeurs, une première formation et dix chansons portées par différentes voix. Ce rapport entre l’histoire de l’album et une édition précisément identifiée constitue un motif de choix plus pertinent pour un collectionneur qu’une promesse générale de surpasser toutes les autres versions.
Cela laisse aussi la place à différentes priorités d’écoute. Un LP simple que l’on connaît bien peut convenir un soir, tandis que l’édition sur quatre faces invite, une autre fois, à une écoute dont on choisit davantage les étapes. Comprendre le format permet de choisir en sachant ce qui est réellement proposé, tout en gardant la musique et ses interprètes au centre de la décision.
Vous commandez chez Michael 45, en Allemagne. Nous prenons en charge l’importation depuis les États-Unis et expédions depuis Hilden.
Également dans une autre édition : Can’t Buy A Thrill
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Question des clients : Collectionner les disques UHQR : des éditions limitées de grands albums
Série : UHQR – les 31 éditions avec tirage et mastering
Musicians
Musiciens participants et état de la documentation des crédits. Les renvois aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Donald Fagenpiano, piano électrique, orgue YC-30, chantParticipation : musiciens de l’album
- Walter Beckerbasse électrique, chantParticipation : musiciens de l’album
- Jeff « Skunk » Baxterguitare, pedal steelParticipation : musiciens de l’album
- Denny Diasguitare, sitar électriqueParticipation : musiciens de l’album
- Jim Hodderbatterie, percussions, chantParticipation : musiciens de l’album ; chant principal B2
- David PalmerchantParticipation : chant principal A2, D1
- Elliott Randallguitare soloParticipation : B1, C1
- Victor FeldmanpercussionsParticipation : pistes individuelles non précisées
- Jerome Richardsonsaxophone ténorParticipation : A2
- Snooky YoungbugleParticipation : A2
- Clydie KingchœursParticipation : B1, D1
- Sherlie MatthewschœursParticipation : B1, D1
- Venetta FieldschœursParticipation : B1, D1
Enregistré en août 1972 à The Village Recorder, à Los Angeles. Production : Gary Katz ; ingénieur du son : Roger Nichols, assisté de Tim Weston. Gravure des laques UHQR : Bernie Grundman ; galvanoplastie : Stan Bishop ; pressing chez Quality Record Pressings. Toutes les compositions sont de Walter Becker et Donald Fagen. Les crédits de l’album ne signifient pas que chaque instrument figure sur chaque morceau.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée à partir de la vidéo
Par rapport à l’exemplaire promotionnel à étiquette blanche, Michael entend davantage de chaleur, de dynamique, d’ampleur de la scène sonore et de détails. Il est particulièrement surpris de trouver le son de l’UHQR encore plus frais. C’est son jugement sur son système ; il reconnaît par ailleurs la valeur de collection de l’original.
🎧 Critique vidéo : The 10 Best Audiophile Reissues Of 2022!
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4dd –
Great release
Ralf Doerner –
Ein muss in jedem Plattenschrank !!! Perfekte Weiterentwicklung !!!!! Muss man haben 🥰