Un groupe qui a appris la liberté en tournée
Countdown to Ecstasy saisit Steely Dan à un moment singulier de son histoire. Lorsque son deuxième album paraît chez ABC en juillet 1973, Donald Fagen et Walter Becker sont encore membres d’un groupe se produisant régulièrement. Ces chansons sont écrites pour des musiciens qui voyagent et jouent ensemble ; les séances d’enregistrement s’organisent en fonction des contraintes des tournées. Ce contexte n’explique pas chaque note, mais fournit un point de départ important. Des compositions soigneusement construites se nourrissent des réflexes acquis par un groupe habitué à jouer ensemble. La méthode ultérieure consistant à choisir différents musiciens de studio selon les besoins commence à apparaître, sans encore remplacer ce noyau central.
Fagen assure le chant principal sur tous les morceaux. Après un premier album comportant plusieurs chanteurs, sa voix donne au groupe une unité narrative plus marquée. Il peut chanter une phrase avec une apparente désinvolture tout en y laissant affleurer un sous-entendu dérangeant. Becker joue de la basse, Jeff « Skunk » Baxter et Denny Dias se partagent les guitares, et Jim Hodder assure la batterie et les chœurs. Ces cinq musiciens portent les huit compositions Becker–Fagen. Des invités interviennent lorsqu’un son ou une fonction musicale particuliers sont nécessaires, enrichissant la personnalité du groupe sans l’effacer.
Le producteur Gary Katz et l’ingénieur du son Roger Nichols travaillent avec le groupe à The Village Recorder, à Los Angeles. Les deux premiers titres montrent déjà l’ampleur de l’album. « Bodhisattva » démarre porté par l’élan des guitares ; « Razor Boy » change d’orientation et fait intervenir le contrebassiste Ray Brown, venu d’une autre tradition musicale. Il est intéressant d’écouter au-delà des solos mis en avant. La manière dont une basse soutient un refrain, dont une phrase de guitare répond au chanteur ou dont une transition de batterie prépare une autre section appartient aussi au récit du disque.
Au fil de ces huit morceaux, les idées musicales ont davantage d’espace pour se développer que ne le suggérerait une succession de chansons courtes destinées à la radio. Cela fait de Countdown to Ecstasy une introduction enrichissante pour ceux qui ne veulent pas connaître Steely Dan uniquement par ses grands albums de studio ultérieurs. La fascination pour l’arrangement est déjà présente, tout comme la dimension littéraire et allusive de l’écriture. En même temps, la réalité d’un groupe qui joue ensemble reste tangible : des musiciens échangent des phrases, soutiennent ensemble un rythme et laissent des voix individuelles émerger d’une structure commune.

Guitares, contrebasse et détails précisément placés
Baxter et Dias ne sont pas des guitaristes interchangeables. Les crédits documentés les associent tous deux aux solos de « Bodhisattva » ; Baxter joue aussi les solos dans « Razor Boy », « The Boston Rag », « My Old School » et « Pearl of the Quarter », tandis que ceux de Dias sont identifiés sur « Your Gold Teeth » et « King of the World ». Ces attributions offrent un point de départ utile pour une nouvelle écoute. Au lieu de traiter chaque ligne de guitare comme une simple composante du son global de Steely Dan, suivez le phrasé, l’attaque et la forme de chaque passage. La pedal steel de Baxter ajoute une autre possibilité expressive à l’instrumentation du groupe.
Victor Feldman est crédité au vibraphone, au marimba et aux percussions. Sa participation est l’un de ces détails qui révèlent une dimension supplémentaire à la lecture attentive de la liste des musiciens. Le rythme n’est pas créé par la batterie et la basse seules : une attaque isolée, un changement de couleur ou un petit ornement peuvent aider à définir une transition. Les crédits disponibles n’attribuent toutefois pas systématiquement les différents instruments joués par Feldman à des morceaux précis. Ils sont donc conservés comme informations à l’échelle de l’album. Une présentation rigoureuse n’a pas à transformer chaque accent audible en identification prétendument certaine.
La présence de Ray Brown à la contrebasse est précisément attestée sur « Razor Boy ». Rick Derringer joue de la guitare slide sur « Show Biz Kids », sa contribution étant enregistrée au Caribou Ranch, dans le Colorado. Sur « My Old School » interviennent aussi les saxophonistes Lanny Morgan, Bill Perkins, Ernie Watts et Johnny Rotella, dans l’arrangement de vents de Jimmie Haskell. Ces noms montrent avec quel soin Becker et Fagen choisissaient leurs musiciens supplémentaires. Les vents forment une voix au sein de l’arrangement, plutôt que de simplement donner davantage d’ampleur à un refrain déjà terminé.
Les voix ne se limitent pas non plus à celle de Fagen. Sherlie Matthews, Myrna Matthews et Patricia Hall apparaissent sur « Show Biz Kids » et « My Old School ». David Palmer, Royce Jones, James Rolleston et Michael Fennelly sont également crédités aux chœurs, sans que leur participation à chaque morceau soit établie avec certitude. Ben Benay est crédité à la guitare acoustique. La section consacrée aux musiciens conserve ces distinctions : les crédits par morceau confirmés côtoient les attributions non précisées. Avec des invités sollicités de façon aussi réfléchie, limiter la liste des participants aux cinq membres du groupe laisserait de côté une partie du caractère du disque.

Huit histoires entre mémoire et fin imaginée
« My Old School » puise dans les années de Becker et Fagen au Bard College et dans des souvenirs liés à une descente de police en 1969. Connaître ce contexte situe la chanson dans un passé précis. Elle ne se réduit pourtant pas à une anecdote mise en musique. Lignes vocales, réponses de vents et passages de guitare établissent leur propre séquence dramatique. On peut suivre les circonstances remémorées ou commencer par les échanges musicaux ; l’une ou l’autre approche permet d’approfondir l’écoute de la même chanson. Le contexte biographique ajoute une perspective sans fournir une explication complète de l’enregistrement achevé.
« Show Biz Kids » adopte un autre ton narratif. Ses motifs et ses voix récurrents s’inscrivent dans une scène qui tourne délibérément en boucle. La guitare slide de Derringer et les chœurs donnent à cette scène ses contours. « Pearl of the Quarter », antérieur au premier album, ouvre encore une autre perspective. Même ce petit ensemble de chansons montre pourquoi le disque résiste à une description unique de son atmosphère. Becker et Fagen mettent en scène des personnages, des situations et des points de vue qu’on ne peut simplement lire comme une seule et même confession de leurs auteurs.
L’album se termine avec la perspective post-apocalyptique de « King of the World ». Auparavant, « The Boston Rag » et « Your Gold Teeth » ont introduit d’autres formes de mouvement et de tension. Entendu comme un tout, l’enchaînement ne progresse pas vers un message explicatif final unique. Les pièces conservent leur indépendance, tandis que la voix de Fagen et le langage musical du groupe les relient. C’est une bonne raison d’accorder toute l’attention qu’ils méritent aux titres moins souvent mis en avant : ils changent le cadre dans lequel on retrouve les chansons familières.
Même le nom de l’album renvoie à une histoire restée à l’état de projet. Baxter associait « Countdown to Ecstasy » à un projet abandonné d’opéra rock ; aucune chanson de ce titre ne figure sur le disque. L’illustration de couverture de Dorothy White et la photographie d’Ed Caraeff appartiennent aussi à son identité originale. Pour un collectionneur, les liens entre la musique, les images et le moment de leur création font partie de l’attrait du disque. L’album ne témoigne pas d’une formule définitive de Steely Dan. Il préserve une étape féconde où un groupe qui tourne, des auteurs ambitieux et une imagination de plus en plus fertile en studio se rejoignent sur un même enregistrement.
L’édition UHQR sur quatre faces
Il s’agit de l’édition Analogue Productions UHQR AUHQR 0010-45 : deux LP stéréo à 45 RPM, pressés sur Clarity Vinyl de 200 grammes chez Quality Record Pressings. Le tirage annoncé comprend 20 000 exemplaires. Bernie Grundman assure le mastering à partir des bandes master originales selon l’éditeur. Une pochette gatefold contrecollée Stoughton et le coffret UHQR font partie de la présentation. Ces caractéristiques appartiennent à cette parution vinyle ; le SACD disponible séparément est une édition distincte utilisant un autre format de lecture.
Chaque face contient deux morceaux. « Bodhisattva » et « Razor Boy » occupent la face A ; « The Boston Rag » et « Your Gold Teeth » sont sur la face B ; « Show Biz Kids » et « My Old School » sur la face C ; « Pearl of the Quarter » et « King of the World » complètent la face D. La vitesse de rotation supérieure divise donc l’album en quatre sections d’écoute plus courtes. Cela laisse de la place à la gravure, tout en exigeant davantage de changements de face. À chacun de voir si ce rythme d’écoute lui convient en pratique. La vitesse seule ne remplace pas l’évaluation du mastering, du pressing et du système de lecture.
Pour les collectionneurs, une identification précise de l’édition est particulièrement utile. La référence désigne cette parution UHQR, et non l’ensemble des pressings de Countdown to Ecstasy. Des exemplaires documentés présentent différentes variantes de gravure ou de disques de remplacement ; aucune variante précise n’est promise pour l’exemplaire physique en stock ici. Les caractéristiques déterminantes publiées restent le mastering de Grundman, la fabrication QRP, le Clarity Vinyl et le programme complet de huit morceaux. Pour ceux qui souhaitent suivre les transitions musicales soigneusement développées du groupe, cette édition vinyle offre une présentation soignée et une répartition clairement définie sur quatre faces.
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Également en SACD : Countdown To Ecstasy
Autres disques de Steely Dan : Gaucho · Katy Lied
Page artiste : Tous les titres de Steely Dan
Question des clients : Collectionner les disques UHQR : des éditions limitées de grands albums
Série : UHQR – les 31 éditions avec tirage et mastering
Musiciens
Musiciens participants et état de la documentation des crédits. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Donald Fagenpiano, piano électrique, synthétiseur ARP Pro Soloist, chant principalParticipation : musiciens de l’album
- Walter Beckerbasse électrique, harmonica (C1), chœursParticipation : musiciens de l’album
- Jeff « Skunk » Baxterguitare, pedal steelParticipation : musiciens de l’album ; solos A1,A2,B1,C2,D1
- Denny DiasguitareParticipation : musiciens de l’album ; solos A1,B2,D2
- Jim Hodderbatterie, percussions, chœursParticipation : musiciens de l’album
- Victor Feldmanvibraphone, marimba, percussionsParticipation : pistes individuelles non précisées
- Ray BrowncontrebasseParticipation : A2
- Rick Derringerslide guitareParticipation : C1
- Ben Benayguitare acoustiqueParticipation : pistes individuelles non précisées
- Lanny MorgansaxophoneParticipation : C2
- Bill PerkinssaxophoneParticipation : C2
- Ernie WattssaxophoneParticipation : C2
- Johnny RotellasaxophoneParticipation : C2
- Sherlie MatthewschœursParticipation : C1, C2
- Myrna MatthewschœursParticipation : C1, C2
- Patricia HallchœursParticipation : C1, C2
- David PalmerchœursParticipation : pistes individuelles non précisées
- Royce JoneschœursParticipation : pistes individuelles non précisées
- James RollestonchœursParticipation : pistes individuelles non précisées
- Michael FennellychœursParticipation : pistes individuelles non précisées
Enregistré en 1973 à The Village Recorder, Los Angeles ; guitare slide de Rick Derringer pour Show Biz Kids : Caribou Ranch, Colorado. Producteur : Gary Katz ; ingénieur du son : Roger Nichols. Arrangement des vents de My Old School : Jimmie Haskell. Toutes les compositions : Walter Becker et Donald Fagen. Illustration de couverture : Dorothy White ; photographie : Ed Caraeff. Mastering UHQR : Bernie Grundman ; pressé chez Quality Record Pressings.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée à partir de la vidéo
Par rapport à l’exemplaire promotionnel à étiquette blanche, Michael apprécie le placement de la voix et le rendu naturel des instruments sur l’UHQR. Il trouve que ce mastering fait particulièrement bien ressortir le caractère doux et fluide de la musique.
🎧 Critique vidéo : The 10 Best Audiophile Reissues Of 2022!
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