Onze morceaux qui introduisent un nouveau langage de guitare en 1967
Are You Experienced est un premier album où coexistent déjà des possibilités très différentes : chanson concise, expérimentation sonore ouverte, lien au blues et attaque de guitare reconnaissable entre toutes. The Jimi Hendrix Experience réunit ces possibilités avec une formation qui paraît réduite sur le papier. Jimi Hendrix chante et joue de la guitare, Noel Redding tient la basse et Mitch Mitchell joue de la batterie. Il est difficile de décrire la musique qui en résulte comme la simple addition de trois instruments. Les interprètes se laissent mutuellement de l’espace tout en utilisant le studio pour l’étendre au-delà du son immédiat d’une prestation en trio.
Cet UHQR présente la version américaine stéréo de onze morceaux. Avec cet album, la distinction compte. L’édition britannique paraît le 12 mai 1967 et l’édition américaine le 23 août. Pour le programme américain, « Red House », « Remember » et « Can You See Me » sont remplacés par « Purple Haze », « Hey Joe » et « The Wind Cries Mary ». Ceux qui connaissent une autre édition peuvent donc découvrir une progression dramatique différente. Ici, « Purple Haze » ouvre le disque, tandis que le morceau-titre ferme la seconde face.
Le chemin vers l’album passe par Londres. Chas Chandler, auparavant bassiste des Animals, devient le producteur de Hendrix et une figure centrale de la formation de l’Experience. Redding arrive d’abord comme guitariste et trouve sa place dans le nouveau groupe à la basse. Mitchell apporte un jeu de batterie souple et varié, en dialogue constant avec les autres musiciens. L’enregistrement s’étend d’octobre 1966 à avril 1967. Il ne s’agit pas d’une semaine miraculeuse en studio, mais d’une succession de séances pendant lesquelles les chansons, le groupe et les possibilités techniques disponibles continuent de se développer.
Cette histoire donne tout son intérêt à une nouvelle écoute du premier album. Il n’est pas nécessaire de chercher à chaque fois à y repérer la sonorité de guitare la plus célèbre. Il est tout aussi intéressant de suivre la manière dont une chanson change lorsque la batterie devient plus active, lorsque la basse maintient un motif ou lorsque Hendrix ouvre un peu d’espace entre ses phrases vocales et instrumentales. Le disque offre des chansons concises, immédiatement accessibles, aux côtés de passages invitant à la patience et à la curiosité. Ces deux facettes font partie de l’Experience dès le départ.

Trois musiciens et plusieurs studios londoniens
Les séances ont lieu à De Lane Lea, CBS et Olympic. Plusieurs ingénieurs du son ont donc leur place dans cette histoire : Dave Siddle, Mike Ross et Eddie Kramer travaillent sur différents enregistrements. Kramer est à juste titre étroitement associé à Hendrix, mais la création de ce premier album ne peut lui être entièrement attribuée. Chandler guide le projet comme producteur. Reconnaître ces différentes contributions est utile, car l’album prend forme au fil d’étapes de travail successives, plutôt que dans une situation d’enregistrement immuable avec une seule équipe technique.
La guitare de Hendrix assure à la fois l’accompagnement, les réponses au chant et le premier rôle. Dans « The Wind Cries Mary », écoutez les petites réponses entre les lignes chantées. « Purple Haze » met en avant un autre univers expressif. L’effet Octavia de Roger Mayer appartient à l’histoire technique de son solo : la couleur d’octave ajoutée fait partie d’une exploration de sons allant au-delà de la vibration non amplifiée d’une corde. L’emploi de tels dispositifs relève de choix musicaux. Ils ouvrent des possibilités d’expression particulières plutôt que de simplement signaler la présence d’un nouvel appareil.
Redding et Mitchell sont indispensables à cette liberté. Une basse peut fournir des repères lorsque la guitare s’éloigne d’un contour familier. La batterie peut soutenir ce contour ou le mettre en mouvement par des accents indépendants. Le jeu de Mitchell invite à prêter attention aux transitions et aux réponses, au-delà d’une simple pulsation régulière. La contribution de Redding ne doit pas disparaître derrière la voix instrumentale plus spectaculaire qui occupe le premier plan. L’Experience tire une partie de sa mobilité du fait que la basse et la batterie assument des rôles différents au lieu de doubler continuellement les mêmes accents.
« Hey Joe » ajoute les chœurs de The Breakaways ; le trio de base ne représente donc pas toute la distribution de chaque morceau. L’attribution de la composition demande elle aussi de la rigueur : « Hey Joe » est ici crédité à Billy Roberts, plutôt que vaguement décrit comme traditionnel. Le nom attaché à une interprétation célèbre et celui de son auteur sont deux types d’information différents. Les sections consacrées aux musiciens et aux morceaux ci-dessous conservent ces distinctions sans inventer de crédits individuels pour le groupe vocal lorsque l’identité des membres ayant participé n’est pas établie avec certitude.

Écriture, rythme et exploration du son
La première face va de « Purple Haze » à « Manic Depression » et « Hey Joe », puis à « Love Or Confusion », « May This Be Love » et « I Don’t Live Today ». Ces six morceaux suffisent à empêcher de réduire l’album à un seul niveau sonore ou d’énergie. Le mouvement à trois temps de « Manic Depression » offre un point de départ rythmique différent de celui d’un morceau de rock au rythme plus rectiligne. « May This Be Love » dirige l’attention vers une autre atmosphère et un autre accompagnement de guitare. Une partie du plaisir vient de la manière dont ces contrastes trouvent si naturellement leur place chez le même groupe.
La seconde face commence par « The Wind Cries Mary » et se poursuit avec « Fire », « Third Stone From The Sun », « Foxey Lady » et « Are You Experienced? ». « Fire » est particulièrement enrichissant lorsqu’on écoute l’interaction entre les trois musiciens : où entre la guitare, que maintient la basse et comment répond la batterie ? « Third Stone From The Sun » fait changer d’échelle. Le trajet entre couplet et refrain n’est plus la seule chose qui compte ; le développement d’un monde sonore devient partie intégrante du discours musical. Le morceau-titre final prolonge encore cette perspective.
La fascination qu’exerce cet enregistrement n’exige donc pas de hiérarchiser les techniques de guitare. Il peut être entendu comme un ensemble de chansons nettement définies, puis revisité en portant l’attention sur la construction en studio. Voix, instrument et effet n’occupent pas toujours des places soigneusement séparées. Leurs transitions participent à l’expression. Le chant de Hendrix reste important dans cette relation. Le placement d’une ligne vocale aide à déterminer quand la guitare peut répondre et quand un passage instrumental peut orienter la musique autrement.
La présentation américaine appartient elle aussi à l’histoire. La photographie familière de Karl Ferris pour la couverture américaine diffère de la pochette britannique originale et façonne la mémoire visuelle du disque chez beaucoup d’auditeurs. Une édition de collection réunit donc deux dimensions historiques : des enregistrements réalisés à Londres et la version américaine de l’album constituée à partir de ces enregistrements. Cet UHQR suit cet ordre de onze morceaux. Il ne réunit pas toutes les chansons des éditions nationales originales et des programmes bonus ultérieurs dans un ordre unique supposément définitif. Savoir quelle version de l’album figure sur le disque permet de mieux comprendre cette édition.
Un UHQR qui préserve la forme d’un LP simple
L’édition proposée ici est Analogue Productions UHQR AUHQR 0005, un LP stéréo à 33⅓ RPM, fabriqué sur Clarity Vinyl de 200 grammes chez Quality Record Pressings. Bernie Grundman assure le mastering à partir des bandes analogiques originales selon l’éditeur. Le tirage annoncé était limité à 20 000 exemplaires. Ces caractéristiques identifient la parution UHQR de 2022 ; elles ne doivent pas être transférées à d’autres rééditions de Hendrix ni confondues avec une édition mono de l’album.
Le choix du 33⅓ RPM préserve un schéma familier d’écoute sur deux faces. Pour un album comportant des étapes aussi variées, cela présente un attrait compréhensible. Les six morceaux de la première face conservent leur séquence continue, comme les cinq de la seconde. Un seul changement de face sépare les deux grandes trajectoires. Une édition à 33⅓ RPM est donc davantage qu’une alternative plus compacte à un album réparti sur quatre faces. Elle offre une façon particulière, souvent pratique, d’écouter le programme comme un ensemble cohérent. Le rendu sonore dépend toujours du mastering, du pressing et du système de lecture utilisés.
La présentation UHQR comprend un coffret soigné et des documents d’accompagnement avec des textes de Dave Marsh, Brad Tolinski et John McDermott. Son attrait pour le collectionneur dépasse le poids du vinyle et tient au programme américain stéréo clairement identifié, au travail de mastering et à la relation entre musique et documentation. La lecture se fait sur une platine stéréo classique équipée d’une cellule correctement réglée ; UHQR décrit cette édition plutôt qu’un format de lecture supplémentaire. Les onze chansons restent au centre d’une parution conçue pour leur accorder une attention soutenue, de l’entrée en matière de la guitare au changement de perspective de la fin de la seconde face.
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Également en SACD : Are You Experienced ?
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Page artiste : Tous les titres de Jimi Hendrix
Question des clients : Collectionner les disques UHQR : des éditions limitées de grands albums
Série : UHQR – les 31 éditions avec tirage et mastering
Musiciens
Musiciens participants et état de la documentation des crédits. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Jimi Hendrixguitare électrique, chantParticipation : musiciens de l’album
- Noel Reddingbasse électrique, chœursParticipation : musiciens de l’album
- Mitch MitchellbatterieParticipation : musiciens de l’album
- The BreakawayschœursParticipation : A3
Enregistré d’octobre 1966 à avril 1967 à De Lane Lea, CBS et Olympic, Londres. Producteur : Chas Chandler. Ingénieurs du son : Dave Siddle, Mike Ross et Eddie Kramer lors de différentes séances. Hey Joe écrit par Billy Roberts. Album américain stéréo de onze morceaux. Mastering UHQR : Bernie Grundman ; pressé chez Quality Record Pressings.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée à partir de la vidéo
Par rapport à l’édition courante de George Marino, Michael entend davantage de clarté, de séparation et de profondeur de la scène sonore sur l’UHQR de Bernie Grundman. Il souligne que les deux sonnent très bien : il les situe approximativement à neuf contre dix, plutôt que de considérer l’une comme mauvaise et l’autre comme bonne.
🎧 Critique vidéo : The 10 Best Audiophile Reissues Of 2022!
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