Quand le microsillon donnait plus de temps à la musique
Masterpieces by Ellington raconte l’histoire d’un grand orchestre et d’une nouvelle relation au disque lui-même. En décembre 1950, Duke Ellington enregistre quatre longues pièces au 30th Street Studio de Columbia à New York. L’album paraît en 1951 sous Columbia Masterworks ML 4418. La durée de lecture d’un LP de douze pouces permet à des compositions familières d’échapper à la compression d’une courte face de disque. Les mélodies peuvent être transformées, les solistes peuvent développer des propos plus longs, et les arrangements se déployer à travers plusieurs sections liées au lieu d’atteindre presque immédiatement leur conclusion.
Trois titres familiers, « Mood Indigo », « Sophisticated Lady » et « Solitude », côtoient « The Tattooed Bride », composition plus vaste datant de 1948. Le résultat dépasse la réunion de quatre morceaux appréciés réunis sans autre lien. Chaque pièce devient un espace musical où l’orchestre peut révéler ses différentes voix. Ceux qui connaissent surtout Ellington par de brefs enregistrements swing rencontrent ici un autre sens de la durée. Cette durée accrue ne sert pas simplement à prolonger le même matériau. Elle permet de reconsidérer l’organisation intérieure d’une pièce.
Ellington et Billy Strayhorn sont crédités pour les arrangements, et tous deux sont crédités au piano. La documentation disponible n’établit pas systématiquement quel pianiste joue chaque passage ; ces attributions restent donc ouvertes. Leur travail commun peut néanmoins être considéré comme central dans l’album. Un orchestre possède de nombreuses couleurs, mais leur organisation transforme une longue interprétation en progression convaincante. Un passage retenu peut préparer une entrée ultérieure de l’ensemble, tandis qu’une voix individuelle peut changer la perspective depuis laquelle une mélodie familière est entendue.
La période donne une autre signification à l’enregistrement. Johnny Hodges, Lawrence Brown et Sonny Greer sont encore dans l’orchestre peu avant que leurs chemins ne s’en séparent, temporairement ou définitivement. L’album préserve donc aussi les relations au sein d’une formation particulière. Chez Ellington, les pupitres instrumentaux ne sont jamais de simples blocs sonores anonymes. Les caractéristiques individuelles des musiciens appartiennent à sa pensée de compositeur. Un format discographique plus étendu peut donner davantage de place à ces voix personnelles tout en montrant comment chacune reste liée au tout.

Solistes identifiés et voix aux histoires propres
Le saxophoniste alto Johnny Hodges est l’une des personnalités déterminantes de cette formation. Lawrence Brown joue du trombone, Sonny Greer de la batterie et Wendell Marshall de la contrebasse. La section de trompettes comprend Cat Anderson, Harold « Shorty » Baker, Andrew « Fats » Ford, Ray Nance et Nelson Williams. Tyree Glenn et Quentin Jackson rejoignent Brown parmi les trombones. Ces noms montrent déjà pourquoi le récit du disque ne peut s’arrêter au chef. L’orchestre est composé de musiciens aux responsabilités et possibilités expressives distinctes, plutôt que d’occupants interchangeables de postes instrumentaux.
Jimmy Hamilton est crédité à la clarinette et au saxophone ténor. « The Tattooed Bride » laisse une place particulière à sa clarinette et peut s’entendre en ce sens comme un moment presque concertant pour le soliste. Russell Procope joue du saxophone alto et de la clarinette, Paul Gonsalves du saxophone ténor. Leurs instruments font davantage que fournir un fond aux autres interprètes mis en avant. Ils appartiennent à une palette souple grâce à laquelle les arrangements peuvent passer d’une ligne unique à un petit groupe instrumental, puis à l’orchestre complet.
Une autre voix importante intervient dans « Mood Indigo » et « Sophisticated Lady » : Eve Duke, créditée sur la parution originale sous le nom d’Yvonne Lanauze. Son chant appartient à l’identité de ces versions développées. Il ne doit ni disparaître dans un crédit orchestral général ni être confondu avec celui d’une autre chanteuse d’Ellington. Lorsque des thèmes instrumentaux familiers sont placés dans des formes plus vastes, l’arrivée d’une chanteuse change la perspective de l’auditeur. Une pensée auparavant exprimée par un instrument gagne des mots, un autre phrasé et une autre position dans le parcours de la pièce.
Deux crédits demandent de la retenue. Harry Carney est mentionné au saxophone baryton et à la clarinette basse par l’encyclopédie complémentaire de l’album, mais est absent des listes de musiciens de l’éditeur et de Discogs comparées pour cette parution. L’instrument de Mercer Ellington est décrit de manière contradictoire comme cor ou bugle. Les deux cas restent assortis de réserves dans les crédits. Les attributions de bois et de cuivres solidement documentées démontrent déjà l’éventail de couleurs à la disposition d’Ellington. Lors d’une nouvelle écoute, il peut donc être enrichissant de suivre les échanges entre pupitres au lieu de diriger toute l’attention vers les solos mis en avant.

Quatre formes développées plutôt qu’un défilé de standards courts
« Mood Indigo » ouvre l’album dans une interprétation d’environ un quart d’heure. La mélodie familière fournit un point de départ avec lequel l’arrangement peut nouer différentes relations. Le biographe d’Ellington John Edward Hasse attire l’attention sur les changements de mesure, une section de valse et le passage par plusieurs tonalités. Cela suggère une approche d’écoute simple : plutôt que d’attendre seulement le retour du thème, remarquez ce qui change entre ces retours. L’ampleur de l’interprétation vient de sa variété interne, et pas seulement du temps qui passe.
« Sophisticated Lady » suit sur la même face, le passage vocal apportant une autre perspective à un titre familier. La forme développée permet aux sections instrumentales et chantées d’agir les unes sur les autres. Suivez la manière dont une entrée soliste est préparée et dont l’orchestre reprend après cette contribution. Ces transitions aident à déterminer si un long enregistrement donne l’impression d’une succession d’interventions isolées ou d’un développement continu. Ce sont aussi des endroits où le soin de l’arrangement devient particulièrement évident, sans exiger de l’auditeur qu’il identifie immédiatement chaque instrument.
La seconde face commence par « The Tattooed Bride ». La composition émerge d’un autre cadre que les standards plus anciens et apporte une construction plus vaste, presque concertante. La clarinette de Hamilton offre un guide important, mais l’environnement du soliste mérite lui aussi l’attention. Quels instruments répondent, quel mouvement se poursuit dans l’accompagnement et quand la densité change-t-elle ? « Solitude » conclut le programme. Le solo de trombone de Lawrence Brown offre un moment précis où la voix personnelle d’un musicien de l’orchestre passe clairement au premier plan.
Une cohérence se dessine donc à travers les quatre pièces. Des mélodies familières sont reconsidérées, une œuvre plus vaste trouve l’espace nécessaire et des musiciens individuels restent reconnaissables dans les arrangements écrits. Aucune préparation musicologique n’est nécessaire. Une première écoute peut suivre les airs, une autre les combinaisons changeantes de l’orchestre. Pour les collectionneurs, l’album est aussi un document des débuts du LP. Le nouveau format sert non seulement à faire tenir davantage de morceaux courts sur un disque, mais à donner aux compositions elles-mêmes plus de temps pour se développer.
L’édition mono Analogue Productions à 33⅓ RPM
L’édition décrite ici est Analogue Productions AAPJ 4418, un LP mono à 33⅓ RPM. Ryan K. Smith assure le mastering chez Sterling Sound, à partir des bandes analogiques originales selon l’éditeur. Quality Record Pressings figure également aux crédits. Fred Plaut et Harold Chapman sont crédités comme ingénieurs du son. L’éditeur identifie comme matériel d’enregistrement un Ampex 200 utilisant de la bande 3M-111 à 15 pouces par seconde. Les sources divergent sur la date exacte de décembre ; le mois et l’année solidement documentés sont donc utilisés ici sans choisir un jour non étayé.
Un disque simple à 33⅓ RPM possède un attrait pratique pour ce programme. « Mood Indigo » et « Sophisticated Lady » forment la première face, « The Tattooed Bride » et « Solitude » la seconde. Les arrangements développés peuvent se déployer en deux sections d’écoute liées, avec un seul changement de face interrompant l’album. Ceux qui aiment suivre une face entière plutôt que se lever après chaque section plus courte ont une raison claire de considérer ce format. L’édition à 45 RPM publiée séparément répartit autrement la même musique. La vitesse de rotation ne dispense pas d’examiner le mastering réalisé ni de tenir compte de la manière dont l’auditeur préfère écouter un album.
La parution AP antérieure de 2014 est documentée à 200 grammes, tandis que le repressage ultérieur utilise 180 grammes ; la description actuelle du produit identifie la version de 180 grammes. Cela ne constitue pas une inspection physique du lot individuel en stock. La pochette gatefold contrecollée Stoughton reprend le visuel original de Stan Fraydas. Avec le programme complet de quatre morceaux, elle forme une édition dont l’intérêt réside dans le lien entre histoire musicale, identification précise de la parution et présentation réfléchie. Le mono désigne le format sonore original de l’enregistrement ; il ne limite en rien la variété d’expression de cet orchestre.
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Également dans une autre édition : Masterpieces By Ellington
Autres disques de Duke Ellington : Duke’s Big 4 · The Ellington Suites
Questions des clients : 45 ou 33⅓ RPM : quelle édition vaut le coup ? · Acheter des disques Analogue Productions en Europe
Musiciens
Participants et état documenté des crédits. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Duke EllingtonpianoParticipation : répartition du piano avec Strayhorn non confirmée
- Billy StrayhornpianoParticipation : répartition par morceau non confirmée
- Cat AndersontrompetteParticipation : musiciens de l’album
- Harold « Shorty » BakertrompetteParticipation : musiciens de l’album
- Andrew « Fats » FordtrompetteParticipation : musiciens de l’album
- Ray NancetrompetteParticipation : musiciens de l’album
- Nelson WilliamstrompetteParticipation : musiciens de l’album
- Lawrence BrowntromboneParticipation : musiciens de l’album
- Tyree GlenntromboneParticipation : musiciens de l’album
- Quentin JacksontromboneParticipation : musiciens de l’album
- Mercer Ellingtoncor (Wikipedia) / bugle (crédit Discogs de la parution originale) ; contestéParticipation : musiciens de l’album
- Jimmy Hamiltonclarinette, saxophone ténorParticipation : musiciens de l’album ; soliste B1
- Johnny Hodgessaxophone altoParticipation : musiciens de l’album
- Russell Procopesaxophone alto, clarinetteParticipation : musiciens de l’album
- Paul Gonsalvessaxophone ténorParticipation : musiciens de l’album
- Harry Carneysaxophone baryton, clarinette basse (A2)Participation : participation mentionnée uniquement dans la source complémentaire
- Wendell MarshallcontrebasseParticipation : musiciens de l’album
- Sonny GreerbatterieParticipation : musiciens de l’album
- Eve Duke (Yvonne Lanauze)chantParticipation : A1, A2
Enregistré en décembre 1950 au Columbia 30th Street Studio, New York ; les sources divergent sur le jour exact (18/19). Ingénieurs du son : Fred Plaut et Harold Chapman. Arrangements : Duke Ellington et Billy Strayhorn ; attributions individuelles de piano non confirmées. Chant : Eve Duke, créditée à l’origine comme Yvonne Lanauze. Harry Carney n’est mentionné que par l’encyclopédie complémentaire ; l’instrument de Mercer Ellington est contesté. Notes de pochette : George Dale ; couverture originale : Stan Fraydas. Mastering AP : Ryan K. Smith ; pressé chez Quality Record Pressings.
🎧 Critique vidéo : The 20 Best Audiophile Analogue Production Editions (Still in Print 2021)
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