Trois noms et des retrouvailles complexes
Daylight Again fait entrer Crosby, Stills and Nash dans une nouvelle décennie musicale sans abandonner les rapports vocaux au cœur de leur identité. L’album a pris forme autour de Stephen Stills et Graham Nash avant que David Crosby ne revienne dans le projet, et cette histoire se ressent dans ses changements de perspective. Guitares acoustiques et harmonies serrées partagent désormais l’espace avec des claviers soignés et une palette de studio élargie.
Cinq ans séparent CSN, paru en 1977, de Daylight Again. Stills et Nash commencent les nouvelles séances en 1980 et 1981. L’arrivée plus tardive de Crosby compte, car les enregistrements ont déjà pris forme avec d’autres chanteurs. Timothy B. Schmit et Art Garfunkel appartiennent ainsi à l’histoire de ce disque, tout comme le claviériste et chanteur Mike Finnigan. Les trois noms sur la pochette ne signifient pas que chaque morceau fait intervenir exactement le même trio vocal.
Sur sa page officielle consacrée à l’album, Graham Nash évoque l’insistance d’Atlantic pour que Crosby participe. Deux enregistrements donnent à sa présence une importance particulière : sa composition « Delta » et « Might As Well Have a Good Time », écrite par Craig Doerge et Judy Henske. Pour « Delta », Stills et Nash ajoutent leurs voix aux harmonies déjà enregistrées en plusieurs couches par Crosby. L’album rassemble donc différentes étapes de travail, plutôt qu’un nouveau départ commun fixé à une seule séance.
C’est aussi ce qui rend sa place dans la discographie intéressante. Les rapports familiers entre les voix rencontrent une musique qui, en 1982, ne cherche plus simplement à retrouver 1969. Chansons pop concises, instruments électriques et arrangements élaborés participent à cette évolution. Pour qui aime les premiers disques, écouter celui-ci permet de suivre ce que chaque auteur conserve et les formes nouvelles que prennent ses qualités.

Guitare acoustique et microphones de studio : une illustration libre de l’écriture et des harmonies vocales, sans reconstitution des séances.
Des chansons entre départ et retour sur soi
« Turn Your Back on Love » s’ouvre dans l’urgence, les voix superposées servant de moteur au refrain plutôt que de décoration. « Wasted on the Way » de Nash est plus légère dans son mouvement et plus méditative dans son propos : elle regarde le temps perdu tandis que les harmonies suggèrent qu’une réparation reste possible. « Southern Cross » part du chant principal de Stills pour s’élargir en un refrain ample et mémorable ; son voyage en mer devient une manière de réfléchir au chagrin amoureux, à la distance et à la reconstruction de soi. « Delta » de Crosby change à nouveau l’atmosphère. Le rythme est plus suspendu, et sa voix traverse l’arrangement avec cette logique mélodique intérieure et inhabituelle que lui seul apporte au trio. En conclusion, le morceau-titre relie le malaise présent à un conflit historique, puis fait entrer « Find the Cost of Freedom » comme une brève et sobre coda. L’album convainc parce que la maturité n’y est pas présentée comme une certitude. Ces voix portent l’histoire, le désaccord et l’endurance chaque fois qu’elles se rencontrent.
Les onze titres peuvent également s’aborder comme une succession de points de vue. « Into the Darkness » suit « Southern Cross » et ramène l’attention du grand horizon vers l’intérieur. Après « Delta », « Since I Met You » ouvre ce qui était à l’origine la seconde face. « Too Much Love to Hide », « Song for Susan » et « You Are Alive » rappellent combien l’album dépasse ses deux singles les plus connus. Une approche féconde consiste à suivre d’abord la voix principale, puis à revenir aux réponses et aux voix d’accompagnement lors d’une autre écoute.
« Southern Cross » porte les signatures de Stephen Stills, Michael Curtis et Richard Curtis. Le voyage maritime appartient à l’imaginaire de la chanson ; il ne décrit pas une situation d’enregistrement attestée. Des clips accompagnent la sortie de l’album, et le voilier réapparaît dans celui de ce morceau. Notre illustration reprend librement ce lien entre déplacement et reconstruction personnelle.
La conclusion remonte plus loin dans le temps. Nash rattache la naissance de « Daylight Again » au jeu de guitare par lequel Stills accompagnait sur scène des récits sur la guerre de Sécession. L’enchaînement avec « Find the Cost of Freedom » relie le nouvel album à une pièce déjà publiée au verso du single « Ohio » en 1970. Le disque ne se referme donc pas simplement sur un refrain supplémentaire : il laisse une interrogation qui dépasse les circonstances de sa création.

En voyage avec « Southern Cross » : une illustration originale inspirée du voyage évoqué dans la chanson.
Les musiciens derrière les harmonies
Stills, Nash et Crosby sont les artistes principaux, entourés d’un vaste cercle de musiciens expérimentés. Les formations changent selon les morceaux. Timothy B. Schmit ajoute des parties vocales et joue de la basse sur « Song for Susan ». Art Garfunkel participe au morceau-titre final. Mike Finnigan associe chœurs, orgue et autres claviers. Ces apports méritent des noms distincts, car la personnalité vocale du disque naît de la rencontre de plusieurs chanteurs.
Les sections rythmiques ont elles aussi leur identité. « Wasted on the Way » réunit Bob Glaub à la basse et Russ Kunkel à la batterie, avec notamment la guitare acoustique de Joel Bernstein et le violon de Wayne Goodwin. Pour « Delta », les crédits mentionnent Leland Sklar à la basse, Kunkel à la batterie et Dean Parks à la guitare électrique. Jeff Porcaro tient la batterie sur « Since I Met You ». Joe Vitale, George « Chocolate » Perry et Joe Lala contribuent à d’autres morceaux. La liste des musiciens préserve ces différences plutôt que d’attribuer une formation unique à tout l’album.
« Song for Susan » constitue un petit univers à part : le piano de Nash rencontre guitares acoustiques, orgue et trois violoncelles. Wayne Goodwin signe l’arrangement des violoncelles, joués par Roberleigh Barnhart, Ernie Ehrhardt et Miguel Martínez. Craig Doerge apporte plusieurs parties de claviers à l’album et cosigne « Might As Well Have a Good Time ». Suivre ces liens révèle une production façonnée par de nombreuses personnalités musicales, bien au-delà d’un simple accompagnement de trois chanteurs célèbres.
Daylight Again dans l’Atlantic 75 Series
L’édition proposée ici porte la référence AAPA 022-45 et appartient à l’Atlantic 75 Series d’Analogue Productions. L’éditeur attribue le mastering à Chris Bellman, chez Bernie Grundman Mastering, directement à partir de la bande master originale. Il indique un pressage sur vinyle de 180 grammes chez Quality Record Pressings et une pochette ouvrante traditionnelle tip-on à deux poches, réalisée par Stoughton Printing. Ces caractéristiques concernent précisément ce double vinyle, et non les anciens pressages Atlantic ou le SACD proposé séparément.
Les onze titres originaux se répartissent sur quatre faces : deux sur A, puis trois sur chacune des faces B, C et D. « Southern Cross » ouvre ainsi la face B, « Since I Met You » la face C et « You Are Alive » la face D. Les bonus des éditions CD augmentées ne sont pas inclus. La platine doit être réglée sur 45 tours par minute. Cette vitesse et la répartition sur deux disques participent à la conception de l’édition ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir une supériorité sur tous les autres pressages.
Cette édition présente Daylight Again sur deux vinyles à 45 RPM. Quatre faces offrent un cadre physique clairement défini à la rencontre entre les harmonies classiques de CSN et les textures de studio du début des années quatre-vingt. C’est un choix réfléchi pour les collectionneurs qui souhaitent voir l’œuvre tardive du groupe représentée avec la même attention que ses premiers jalons, et pour les auditeurs attirés par « Southern Cross », « Delta » et le parcours musical plus vaste dans lequel l’album les inscrit.
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Les trois musiciens principaux
David Crosby — Chant ; « Delta » : composition et claviers
Stephen Stills — Chant, guitares, claviers, percussions ; banjo sur le morceau-titre
Graham Nash — Chant, guitares, claviers, percussions, harmonica
Également en SACD : Daylight Again
Page artiste : Toute la famille Crosby, Stills, Nash & Young
Questions des clients : Atlantic 75 : quels titres valent l’achat ? · Acheter des disques Analogue Productions en Europe
Série : Atlantic 75 Series – les 75 albums, voyage dans le temps et les gens derrière Atlantic







Joe Vitale — Batterie
Joe Lala — Percussions
Jeff Porcaro — Batterie