Une symphonie qui garde son secret jusqu’à la fin
La Quatrième Symphonie de Gustav Mahler ne commence pas par la voix humaine. Elle nous fait entrer dans un monde orchestral pendant trois mouvements avant qu’une soprano raconte les plaisirs de la vie céleste dans le finale. Sur cet enregistrement RCA, Lisa Della Casa tient ce rôle, avec Fritz Reiner à la direction du Chicago Symphony Orchestra. Cette association ne se résume pas à une liste de noms célèbres. Une œuvre dont la simplicité apparente suscite sans cesse des questions rencontre un orchestre et un chef dont le partenariat a contribué à l’histoire de RCA Living Stereo.
L’enregistrement est réalisé à l’Orchestra Hall de Chicago. Richard Mohr est crédité à la production et Lewis Layton à la prise de son. Le LP stéréo paraît en 1960 sous la référence LSC-2364, avec l’édition mono LM-2364. L’année de parution ne doit pas être confondue avec une date de séance établie : la documentation consultée ne permet pas d’établir avec certitude le jour de l’enregistrement. Le cadre musical est toutefois clair. Reiner prend la tête du Chicago Symphony Orchestra en 1953 et développe le répertoire qui constitue aujourd’hui une part importante d’une collection Living Stereo.
Mahler compose principalement la symphonie en 1899 et 1900, mais son dernier mouvement puise dans « Das himmlische Leben », une chanson écrite en 1892 sur un texte de Des Knaben Wunderhorn. À bien des égards, la fin existe donc avant que la symphonie atteigne sa forme définitive. C’est une piste féconde pour aborder l’œuvre. La voix arrive tard, mais le monde qu’elle décrit est dès le départ au cœur de son imaginaire. Le finale n’est pas un numéro vocal ajouté après le discours instrumental : il change la perspective sur ce qui s’est déjà passé.
La Quatrième est créée le 25 novembre 1901 à Munich, par l’Orchestre Kaim dirigé par Mahler, avec Margarete Michalek en soliste. Ceux qui attendent les vastes effectifs d’autres symphonies de Mahler découvrent un ensemble relativement modeste. Ni trombones ni tuba, tandis que grelots et glockenspiel apportent des couleurs distinctives. Moins de cuivres graves ne signifie pas moins d’expression. L’attention circule autrement entre les différentes parties, entre un geste mélodique apparemment familier et le moment où son sens commence à changer.

Lisa Della Casa et la perspective du Wunderhorn
Lisa Della Casa chante dans le quatrième mouvement, pas dans toute la symphonie. La soprano suisse est particulièrement associée à Mozart, Richard Strauss et au lied. Le lien entre expérience scénique et attention soutenue aux mots éclaire sa participation au finale. La voix présente ce qui semble être une vision enfantine de l’au-delà, réunissant nourriture, danse, musique et événements célestes singuliers. Son caractère ne tient pas seulement à la beauté d’une longue ligne vocale. Les petites transitions entre mot, phrase et réponse orchestrale comptent autant.
Le texte n’est ni une profession de foi liturgique ni la description d’un paradis sans la moindre ambiguïté. Le placer à la fin d’une symphonie invite à prendre son innocence apparente au sérieux tout en relevant ce qui la trouble. Suivez d’abord les mots, puis revenez aux instruments qui accompagnent certaines pensées. Quelles couleurs prolongent l’expression vocale ? Lesquelles ajoutent leur commentaire ? Le rapport soprano-orchestre en fait davantage qu’une conclusion doucement rassurante.
La carrière de Della Casa la mène de l’Opéra de Zurich et du Festival de Salzbourg à la reconnaissance internationale. Elle chante Zdenka dans Arabella de Strauss à Zurich en 1946, apparaît à Salzbourg en 1947 et débute la même année à l’Opéra d’État de Vienne. Ces jalons ne permettent pas de déduire une interprétation d’une biographie. Ils donnent un contexte humain : une interprète rompue à l’incarnation des personnages et au travail du texte mérite davantage qu’une place accessoire après le titre. Sa contribution n’occupe qu’un mouvement, tout en restant essentielle à l’ensemble.
Reiner mérite lui aussi mieux que la simple description d’un chef d’orchestre exigeant en matière de discipline. La Quatrième met constamment à l’épreuve les rapports entre clarté, mouvement et continuité. Un accent prend sens dans son environnement ; une ligne demande de l’espace sans perdre le fil de l’ensemble. Suivre les transitions plutôt que les seuls sommets est une approche utile. Comment l’orchestre passe-t-il d’un caractère à l’autre ? À quel moment une idée est-elle reprise et quand la musique semble-t-elle recommencer ?

Quatre mouvements aux rôles bien différents
Le premier mouvement porte l’indication « Bedächtig, nicht eilen » : posé, sans se presser. Ces mots remettent déjà en question l’idée d’une direction musicale fondée sur l’intensification continue. Écoutez comment les idées qui reviennent changent d’environnement et semblent ainsi transformées. La couleur orchestrale fait partie du récit. Une mélodie familière prend une autre tension dans un nouveau cadre. Cette approche n’exige ni partition ni réduction à une suite d’incidents pittoresques.
Le deuxième mouvement suit avec « In gemächlicher Bewegung, ohne Hast ». L’indication décrit un mouvement ayant le temps de se déployer ; elle ne promet pas une sérénité sans faille. Par rapport à l’ouverture, l’articulation des cordes et le rapport entre impulsion dansante et interruption sont des repères utiles. Le troisième, « Ruhevoll », instaure un autre rapport au temps musical. L’oreille suit la longueur d’une phrase, la préparation d’une entrée ou les changements au sein d’un caractère d’abord constant.
C’est seulement au quatrième mouvement, « Sehr behaglich », que la voix de soprano de Della Casa fait son entrée. Cela ne réduit pas les précédents à un prélude. Cela interroge plutôt le lien entre expériences instrumentales et conclusion chantée. À la première écoute, suivre la progression de ces quatre rôles suffit. Les écoutes suivantes mettent en avant certaines voix et transitions. Un enregistrement familier garde précisément sa place grâce à cette attention, plutôt qu’au seul plaisir de retrouver quelques minutes spectaculaires.
Pour les amateurs de Living Stereo, l’album élargit aussi l’image du travail de Reiner à Chicago. Le sujet n’est pas seulement le poids orchestral, mais une œuvre aux effectifs volontairement limités, où la voix soliste n’intervient que tardivement. Reiner, l’orchestre, Della Casa, Mohr et Layton incarnent une collaboration bien précise. C’est un point de départ pour la comparaison, sans préjuger d’un classement. L’écoute déterminera comment ce partenariat unit les perspectives changeantes de Mahler.
Un LP Living Stereo à 33⅓ RPM
L’édition proposée ici est AAPC 2364 d’Analogue Productions, un seul LP stéréo à 33⅓ RPM de la deuxième série de rééditions RCA Living Stereo. L’éditeur identifie les bandes masters originales à trois pistes comme source et crédite Ryan K. Smith chez Sterling Sound au remastering et à la gravure. Gary Salstrom est crédité pour la réalisation des matrices métalliques et Quality Record Pressings pour la fabrication. La présentation comprend une pochette Stoughton contrecollée et reprend l’apparence historique RCA. Ces fonctions de réédition restent distinctes du travail de Mohr et Layton sur l’original.
Le choix pratique est simple : toute la symphonie occupe un LP. Il suffit de retourner le disque une fois pour écouter tout le programme dans cette édition compacte. Pour une œuvre dont les relations se développent sur la durée, cela invite à l’écouter régulièrement en entier. Ce n’est pas un avantage sonore universel des 33⅓ RPM sur une autre vitesse. L’édition précise et la façon d’aborder l’œuvre restent décisives. La liste jointe identifie les quatre mouvements sans inventer une répartition par face non vérifiée.
Analogue Productions décrit actuellement le pressage comme pesant 180 grammes. L’ancienne édition numérotée de 2019 est documentée en 200 grammes. Ces spécifications ne constituent pas une vérification du poids de chaque exemplaire en stock, et aucune numérotation particulière n’est promise. La référence AAPC 2364, la gravure Sterling Sound et le format sur un seul LP stéréo donnent les repères les plus utiles. Ils clarifient l’édition en laissant la place au voyage musical des premiers échanges orchestraux aux derniers mots de Della Casa. Vous commandez chez Michael 45, en Allemagne. Nous assurons l’importation depuis les États-Unis et l’expédition depuis Hilden.
Autres disques de Fritz Reiner : Ravel : Pictures at an Exhibition / Moussorgsky · Respighi : Les Pins de Rome et Les Fontaines de Rome
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Musiciens
Participants et état des crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Fritz ReinerdirectionParticipation : musiciens de l’album
- Lisa Della CasasopranoParticipation : IV
- Chicago Symphony OrchestraorchestreParticipation : musiciens de l’album
Orchestra Hall, Chicago ; date d’enregistrement non confirmée. Richard Mohr : production ; Lewis Layton : ingénierie du son. Lisa Della Casa : soprano au quatrième mouvement. AP : Ryan K. Smith, Sterling Sound ; QRP. Liste des mouvements sans attributions aux faces du LP non vérifiées.









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