Revenir à une chanson comme à une nouvelle rencontre
Réenregistrer une composition familière peut révéler davantage d’un musicien qu’une recherche constante de nouveaux titres. Trio ’65 de Bill Evans en est un exemple particulièrement fécond. Le pianiste avait déjà enregistré sept de ses huit morceaux ; seul « Who Can I Turn To » était nouveau dans son répertoire enregistré. L’album pose donc une question naturelle : qu’est-ce qui change lorsqu’une chanson connue est reprise à un autre moment, par un autre ensemble, dans les circonstances partagées d’une nouvelle séance ?
La séance a lieu le 3 février 1965 au studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs. Evans est rejoint par Chuck Israels à la contrebasse et Larry Bunker à la batterie. La section rythmique diffère de celle de Trio ’64, où jouaient Gary Peacock et Paul Motian. Les années consécutives indiquées dans les titres ne doivent pas masquer cette distinction. Considérés ensemble, les albums montrent particulièrement bien comment Evans développe constamment le petit trio à travers des partenariats musicaux précis, plutôt qu’avec un accompagnement interchangeable.
Creed Taylor produit le disque et Van Gelder assure la prise de son. Verve publie l’album en juin 1965 sous la référence V6-8613. Don Nelsen signe les notes et Fred Seligo la photographie de couverture. Huit titres occupent les deux faces, avec des compositions de John Carisi, Earl Zindars, Thelonious Monk, George et Ira Gershwin, Harold Arlen et Johnny Mercer, ainsi que Tadd Dameron et Carl Sigman. Leurs origines différentes donnent de la variété au programme sans en faire une démonstration du nombre de styles contrastés qu’un trio pourrait accueillir.
Pour un collectionneur d’Evans, le retour de certains titres fait partie de l’attrait. Une composition possède une histoire dans son œuvre, et un nouvel enregistrement y ajoute une perspective. Il n’est pas nécessaire de connaître les versions antérieures pour apprécier Trio ’65. Ceux qui les connaissent peuvent toutefois prêter une attention particulière à ce qu’un relevé de notes ne peut saisir : l’équilibre entre les trois instruments, le temps laissé au développement de la tension et le poids d’une réplique musicale.

Israels et Bunker dans la conversation
Chuck Israels fait davantage qu’occuper le poste de bassiste. Dans un trio avec piano, la basse contribue à déterminer comment coexistent mouvement harmonique et indépendance mélodique. Une note peut établir une assise, une ligne conduire plus loin et une pause laisser place à une autre idée. Il est donc intéressant de suivre la contrebasse avant même qu’elle ne soit mise en avant dans un solo. Sous une phrase de piano, une seconde pensée mélodique peut déjà influencer la direction de toute l’interprétation.
Larry Bunker complète cette relation à la batterie. Son rôle doit ici être distingué de la liste générale des autres instruments qu’il a joués dans sa carrière : sur ce disque, il est documenté comme batteur. Cette précision permet de bien cerner la formation : piano acoustique, contrebasse et batterie, sans partie supplémentaire de vibraphone ni changement d’instrument supposé. La variété vient des décisions prises dans un éventail volontairement restreint de moyens musicaux.
Une approche utile consiste à suivre les transitions entre fonctions. Quand le piano porte-t-il la mélodie au premier plan, quand sa ligne s’intègre-t-elle à un échange plus serré, et comment basse et batterie répondent-elles à un changement de phrasé ? Il n’est pas nécessaire d’attribuer une intention consciente à chaque réaction. Entendre les relations se déplacer est intéressant en soi. Le format trio rend ces mouvements assez faciles à suivre tout en conservant leur complexité musicale ; la clarté de la formation ne signifie pas la simplicité de l’interaction.
Les huit morceaux proviennent de la même séance, ce qui donne un cadre bien défini à l’album. Ce n’est ni une rétrospective assemblée sur plusieurs années ni un programme aux accompagnateurs changeants. Israels et Bunker participent à l’ensemble. Cette continuité permet de relier les différences entre titres au matériau et à son traitement, sans devoir identifier sans cesse un nouveau groupe. Au fil des deux faces, l’approche commune devient assez familière pour qu’un petit ajustement prenne beaucoup de sens.

D’« Israel » à « If You Could See Me Now »
« Israel » de John Carisi ouvre la face A. La ressemblance du titre avec le nom du bassiste ne doit pas mener à un crédit d’écriture erroné : Chuck Israels joue, tandis que Carisi compose. « Elsa » d’Earl Zindars suit, introduisant un auteur représenté deux fois sur cet album. Cette double présence éclaire la relation d’Evans au répertoire. Un compositeur ne se réduit pas à un air emblématique ; deux morceaux permettent à différents aspects de son imagination mélodique et formelle de contribuer au programme.
« ’Round Midnight » et « Our Love Is Here to Stay » terminent la première face. La composition de Monk et la chanson des Gershwin possèdent chacune une identité forte. Écoutez le rapport entre leurs mélodies reconnaissables et les environnements harmoniques créés par Evans et ses partenaires. Les standards familiers sont particulièrement féconds à cet égard. La reconnaissance fournit des repères, tandis qu’un léger changement d’accent devient parfois plus perceptible que dans un thème entièrement inconnu. L’histoire de l’air devient une ressource plutôt qu’une limite.
La face B commence par le second morceau de Zindars, « How My Heart Sings ». Il est suivi de « Who Can I Turn To », signé Leslie Bricusse et Anthony Newley. Ce titre occupe une place particulière, car il est le seul sans enregistrement antérieur d’Evans. Cela n’en fait pas automatiquement l’interprétation centrale de l’album. La perspective change néanmoins : à côté des retours à un répertoire établi, une nouvelle rencontre se produit dans la même journée de travail et avec les mêmes partenaires.
« Come Rain or Come Shine » de Harold Arlen et Johnny Mercer, puis « If You Could See Me Now » de Tadd Dameron et Carl Sigman, concluent l’album. Tous deux rappellent le lien étroit entre jazz instrumental et chanson américaine. Une mélodie ne perd pas entièrement ses origines verbales lorsque personne ne chante. Sa trajectoire, ses respirations et son phrasé vocal implicite peuvent encore guider l’écoute. Le trio développe ces possibilités par des moyens instrumentaux, laissant leur expression ouverte plutôt que fixée par un texte chanté.
Un seul LP qui préserve la forme de la séance
Cette édition porte la référence de commande AVER 12401 et appartient à la série Verve/UMe Acoustic Sounds Series. Elle présente l’album stéréo sur un seul LP de 180 g à 33⅓ RPM. Ryan K. Smith chez Sterling Sound assure le mastering à partir des bandes analogiques. Le disque est pressé chez Quality Record Pressings et présenté dans une pochette gatefold Stoughton. Ce sont les principales caractéristiques documentées de cette réédition précise, et non des spécifications empruntées à un autre disque d’Evans de présentation similaire.
Un seul LP est un format judicieux pour ce programme. Quatre titres occupent chaque face, un unique changement séparant les deux moitiés. Cela permet d’entendre la séance comme un programme d’album continu plutôt que de l’interrompre régulièrement après quelques minutes. L’association des compositions revisitées et du nouvel enregistrement de « Who Can I Turn To » peut être suivie comme un tout. Le parcours va d’« Israel » de Carisi à « If You Could See Me Now » de Dameron, en donnant aux deux morceaux de Zindars une place distincte dans chaque moitié.
Une identification claire aide aussi à comparer les disques d’une collection. Trio ’64 signifie Evans, Peacock et Motian à New York en décembre 1963 ; Trio ’65 signifie Evans, Israels et Bunker à Englewood Cliffs en février 1965. Tous deux appartiennent à ses années Verve et explorent le petit ensemble, mais ni les musiciens ni les dates ne sont interchangeables. Ces rééditions permettent de suivre cette relation dans le format LP familier, tout en conservant l’identité de chaque album comme événement musical distinct.
La raison musicale de revenir à ce disque est la rencontre de trois voix avec huit compositions dont la familiarité ouvre de nouvelles possibilités. Les deux morceaux de Zindars, le classique de Monk et les chansons de Gershwin, Arlen et Dameron présentent côte à côte plusieurs facettes du répertoire d’Evans. Sous cet angle, un deuxième ou troisième enregistrement d’une même chanson par Evans peut être un ajout significatif plutôt qu’un doublon inutile. Vous commandez chez Michael 45, en Allemagne. Nous assurons l’importation depuis les États-Unis et l’expédition depuis Hilden.
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Page artiste : Tous les titres de Bill Evans
Série : Verve – les 34 disques : voix, orgue et bossa nova
Musiciens
Musiciens et crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Bill EvansPortrait : 1964pianoParticipation : Toutes les pistes
- Chuck IsraelscontrebasseParticipation : Toutes les pistes
- Larry BunkerPortrait : 1957batterieParticipation : Toutes les pistes
- Creed TaylorproductionParticipation : Production de l’enregistrement
- Rudy Van Gelderingénierie du sonParticipation : Production de l’enregistrement
Les huit titres : Bill Evans, Chuck Israels et Larry Bunker. 3 février 1965, Englewood Cliffs.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée à partir de la vidéo
Michael entend une dynamique agréable et une abondance de détails, sans que le rendu devienne agressif ou excessivement analytique. Il trouve l’édition Acoustic Sounds bien équilibrée et au même niveau élevé que Trio ’64.
🎧 Critique vidéo : Bill Evans Trio – Trio '65 - The Acoustic Sound Series
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