San Francisco rencontre le blues
En juin 1968, Albert King monte sur la scène du Fillmore Auditorium de San Francisco. Ce public connaît les guitares électriques et les longs solos ; King apporte un langage musical où une seule note infléchie peut porter toute une histoire. Live Wire/Blues Power puise dans des prestations enregistrées les 26 et 27 juin. Publié par Stax plus tard la même année, il constitue son premier album en public : la rencontre d’un musicien de blues expérimenté et d’un public de concerts découvrant son influence avec un enthousiasme nouveau.
Son attrait réside dans le rapport entre autorité et patience. King n’a pas besoin de précipiter son jeu pour toucher le public. Sa guitare peut répondre, argumenter et laisser une pensée suspendue dans l’air. Un enregistrement de concert préserve aussi ce qu’un single de studio au minutage serré peut difficilement accueillir : paroles adressées au public, attente et espace entre les entrées. Pour les auditeurs qui connaissent surtout King par ses disques studio Stax, cet album montre jusqu’où la même personnalité musicale inimitable peut se déployer sur scène.

Un groupe qui laisse de l’espace
King est rejoint par Willie James Exon à la guitare, James Washington à l’orgue, Roosevelt Pointer à la basse et Theotis Morgan à la batterie. La formation compacte rend les rôles individuels faciles à suivre. Une seconde guitare et l’orgue soutiennent le soliste, tandis que basse et batterie entretiennent le mouvement. Dans le blues, beaucoup dépend de la capacité de l’accompagnement à écouter le conteur plutôt qu’à simplement marquer le temps. Cet enregistrement invite à prêter attention à ces deux dimensions : les gestes amples de King et les réponses plus discrètes qui les entourent.
Le répertoire ouvre une autre fenêtre sur la musique. « Watermelon Man » de Herbie Hancock commence le disque avec un thème venu du jazz qui a connu sa propre évolution dans le rhythm and blues et la musique de danse. La deuxième face comprend « Please Love Me », associé à B.B. King. Albert King intègre les deux à son vocabulaire de concert. Ces liens révèlent la liberté avec laquelle la musique voyage. L’individualité vient autant du traitement d’un matériau familier que du choix d’interpréter une composition originale.

La vie d’une note tenue
« Blues Power » constitue un centre de gravité sur la première face. Les paroles de King au public et son jeu de guitare participent à une même interprétation qui se déploie dans le temps. Le titre exprime une attitude qui prend forme dans la durée : le blues comme expérience partagée par les musiciens et le public. « Night Stomp » revient plus directement à l’élan physique. La deuxième face apporte « Blues At Sunrise », « Please Love Me », puis « Look Out ». Six morceaux suffisent, car chaque interprétation a l’espace nécessaire pour installer ses propres tensions et détentes.
Pour une écoute attentive, la longueur d’un solo n’est qu’un point de départ. Suivez l’instant où King termine une phrase et où le groupe prolonge la musique. Combien de temps une note reste-t-elle suspendue ? Quand l’orgue occupe-t-il l’espace que la guitare vient de laisser ? Le plaisir d’écouter un tel disque tient à ces relations. Vous pouvez vous abandonner à l’énergie du concert, puis découvrir une réponse passée inaperçue à l’écoute suivante. Cela donne à l’enregistrement une vie au-delà de son importance historique.
L’édition Bluesville de 180 grammes
Cette réédition appartient à la série Bluesville de Craft Recordings, produite en collaboration avec Acoustic Sounds. Elle présente l’album stéréo sur un LP de 180 grammes à 33⅓ RPM. Matthew Lutthans a assuré le mastering et la gravure des laques au Mastering Lab. Craft identifie les bandes master originales comme source et décrit l’édition comme AAA. Le pressing est réalisé par Quality Record Pressings. Ce sont des détails concrets sur la source, l’ingénieur de mastering et la fabrication, qui aident les auditeurs à identifier l’édition qu’ils choisissent.
Une pochette Stoughton Printing de type tip-on et un obi bleu avec des notes de Scott Billington complètent la présentation. L’attention portée à l’objet physique dépasse le sillon, tandis que la musique demeure la raison de revenir : un guitariste construisant la tension par le timbre, le silence et des accents soigneusement placés. Live Wire/Blues Power nous invite à donner du temps à ce langage. Pour qui est attiré par le blues comme conversation entre voix, instrument et public, la force d’expression de ce disque fait toute sa valeur durable.
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Musiciens
Musiciens et précisions sur les crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Albert Kingguitare, chantParticipation : musiciens de l’album
- Willie James ExonguitareParticipation : musiciens de l’album
- James WashingtonorgueParticipation : musiciens de l’album
- Roosevelt PointerbasseParticipation : musiciens de l’album
- Theotis MorganbatterieParticipation : musiciens de l’album
Albert King (guitare, chant) · Willie James Exon (guitare) · James Washington (orgue) · Roosevelt Pointer (basse) · Theotis Morgan (batterie). Enregistré en public au Fillmore Auditorium, San Francisco, les 26 et 27 juin 1968. Formation d’après l’obi et la discographie de cette édition, sans attribution par morceau ; la pochette originale ne nommait pas le groupe. Auteurs : Herbie Hancock (Watermelon Man) ; Albert King (Blues Power, Blues At Sunrise, Look Out) ; Albert King avec Al Jackson Jr. (Night Stomp, coauteur contesté) ; B.B. King et Jules Taub (Please Love Me). Original : production Al Jackson Jr. · ingénieurs du son Bill Halverson, Ron Capone · notes de pochette Pete Johnson · photo de couverture Ivan Nagy. Cette édition : mastering et gravure des laques par Matthew Lutthans (The Mastering Lab) · notes de l’obi Scott Billington · pressing chez Quality Record Pressings.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée à partir de la vidéo
Michael considère cette édition comme l’une de ses préférées dans la série Bluesville jusque-là. Il est particulièrement enthousiasmé par la puissance, la vivacité et l’atmosphère de l’interprétation en concert. Sa recommandation s’adresse expressément aux auditeurs qui apprécient le blues et les enregistrements de concerts énergiques ; il ne la compare pas ici à des pressings plus anciens.
🎧 Critique vidéo : 12 Amazing New Reissues!
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