L’Angleterre entre imaginaire et quotidien
Une voix solitaire ouvre « Dancing With The Moonlit Knight ». Peter Gabriel pose une question, et de ce début resserré naît une musique qui change constamment d’échelle. Guitares, claviers et batterie entrent ; la chanson gagne en élan et en poids, et prend une nouvelle direction. Cette ouverture suggère déjà une grande part de l’attrait de Selling England By The Pound. Genesis sait raconter une histoire tout en développant une forme où mélodies mémorables, contrastes marqués et longs développements instrumentaux se soutiennent mutuellement. Récit et arrangement avancent ensemble.
Publié en 1973, le cinquième album studio réunit Peter Gabriel, Tony Banks, Steve Hackett, Mike Rutherford et Phil Collins. Leurs intérêts musicaux distincts restent particulièrement perceptibles dans l’ensemble. Voix et flûte, guitares électriques et acoustiques, basse, piano, orgue, Mellotron, synthétiseur et batterie ouvrent un large éventail de possibilités. La musique circule entre chanson, récit et développement instrumental. Elle peut prendre son temps tout en gardant en vue ses gestes plus courts et immédiatement reconnaissables. Ceux-ci donnent à l’auditeur des repères pendant les parcours plus longs.
Le titre attire l’attention sur l’Angleterre et sur le devenir d’une identité culturelle lorsqu’elle devient marchandise. L’album aborde le sujet par jeux de mots, personnages, allusions et scènes quotidiennes singulières plutôt que par déclaration directe. « I Know What I Like » côtoie « The Battle Of Epping Forest », tandis que « Firth Of Fifth » partage le programme avec le sobre « More Fool Me ». Des couleurs récurrentes et une sensibilité narrative commune assurent la continuité sans exiger que toutes les chansons appartiennent à une seule intrigue.
L’enregistrement se déroule en août 1973 aux Island Studios à Londres. Genesis produit l’album avec John Burns, également ingénieur du son, assisté de Rhett Davies. La pochette repose sur une peinture de Betty Swanwick. Image et musique partagent un intérêt pour les choses familières qui deviennent étranges lorsqu’on les observe de près. À la première écoute, il vaut la peine d’accepter ces changements de perspective. L’album propose des mélodies facilement identifiables, puis ouvre autour d’elles des espaces dont les détails se précisent au fil des écoutes.

Cinq musiciens et plusieurs chemins dans une composition
Tony Banks utilise ses claviers pour donner à la musique différentes textures. Le piano peut définir le contour d’un passage ; orgue et Mellotron peuvent l’élargir ; un synthétiseur peut développer une voix mélodique indépendante. Les guitares de Steve Hackett apportent une autre tension. « Firth Of Fifth » permet particulièrement bien de suivre comment une idée garde son identité en passant par différents instruments. Le morceau gagne sa cohérence par ces transformations autant que par ses changements de volume et de densité. Ses passages instrumentaux entretiennent une relation avec la chanson qui les entoure.
Mike Rutherford relie basse et guitare douze cordes aux autres parties. Sa contribution éclaire la densité des passages acoustiques avant que la batterie ne prenne davantage de place. Phil Collins répond aux formes changeantes par un jeu rythmique mobile et souple. Une longue section n’a pas besoin de rester liée à un accompagnement immuable. Accents, transitions et petits ajustements aident la musique à avancer sur la durée. Écouter la section rythmique révèle combien l’architecture générale dépend de l’activité sous la mélodie la plus immédiatement perceptible.
Gabriel traite souvent le chant comme la voix d’un personnage. Une ligne peut sembler narrative, incisive ou ironique, tandis que sa flûte ajoute une couleur au tableau instrumental. Sur « More Fool Me », Phil Collins assure le chant principal. Ce changement compte : la courte chanson offre une autre perspective vocale dans le même disque. Dans ce moment calme, la relation entre voix et accompagnement est particulièrement exposée. La musique n’a besoin d’aucun long développement instrumental pour trouver sa place parmi les grandes pièces. Son caractère intime crée un contraste utile avec les arrangements alentour.
Les crédits mentionnent aussi hautbois, sitar électrique et violoncelle, sans fournir une attribution exhaustive de chaque instrument par titre. La présentation des musiciens distingue donc rôles à l’échelle de l’album et contributions précisément documentées. La musique reste accessible sans identifier immédiatement chaque son. Genesis utilise souvent les frontières entre couleurs instrumentales pour changer le caractère d’un passage, permettant à une idée familière de revenir sous un angle inattendu. Suivre les relations entre parties peut être plus éclairant que traiter les crédits comme une liste de sons à reconnaître.

De Firth Of Fifth à The Cinema Show
« Dancing With The Moonlit Knight » et « I Know What I Like (In Your Wardrobe) » partagent la première face de cette édition. La longue ouverture introduit la grande forme, tandis que la deuxième chanson offre un refrain immédiat et reconnaissable. Leur contraste participe pleinement au rythme de l’album. Genesis ne demande pas la même attention à chaque morceau. Une chanson compacte peut compléter un long développement, révélant un autre aspect du groupe sans quitter l’univers musical établi par l’ouverture.
« Firth Of Fifth » commence la face B. Son ouverture au piano, ses passages vocaux et son expansion instrumentale proposent plusieurs approches d’un ensemble d’idées apparentées. Les auditeurs d’abord attirés par la ligne de guitare de Hackett peuvent revenir au chemin qui y mène : préparation aux claviers, rôle de la flûte et construction de l’accompagnement. « More Fool Me » réduit ensuite l’échelle. La voix de Collins et le cadre retenu créent une pause dont le sens apparaît particulièrement dans l’ordre complet. Cette courte chanson contribue à l’équilibre de l’ensemble.
La face C contient « The Battle Of Epping Forest » et « After The Ordeal ». Le premier concentre l’art narratif de l’album dans une pièce animée de nombreux personnages et tournants. Langage et musique sollicitent simultanément l’attention. L’instrumental suivant déplace l’accent vers les lignes mélodiques et leur accompagnement. Il n’est pas nécessaire de décoder immédiatement chaque allusion verbale pour apprécier ce changement. Un récit dense est suivi d’une musique qui s’exprime sans mots, offrant une autre manière d’écouter sur la même face.
« The Cinema Show » et « Aisle Of Plenty » concluent l’album. Sur cette édition à 45 RPM, ils apparaissent ensemble comme une plage continue en face D. Le long parcours instrumental de « The Cinema Show » récompense l’attention à l’interaction entre ligne de clavier, basse et batterie. « Aisle Of Plenty » ramène ensuite des idées de l’ouverture. Il en résulte une impression de boucle : après tant de changements de direction, le disque établit entre début et fin une relation qui dépasse la simple succession de chansons individuelles.
L’édition Atlantic 75 gravée par Chris Bellman
Analogue Productions présente Selling England By The Pound dans sa série Atlantic 75 sur deux LP stéréo de 180 grammes à 45 RPM, référence AAPA 002-45. Chris Bellman grave les disques chez Bernie Grundman Mastering, le label identifiant la bande master originale comme source. La distinction entre nom du studio et ingénieur responsable est importante : Bellman réalise la gravure de cette édition. Le programme complet est conservé sur quatre faces.
La présentation comprend une pochette gatefold contrecollée Stoughton, pelliculée et à deux compartiments. Numérotation et fabrication chez Quality Record Pressings sont documentées pour les 2 000 premiers exemplaires. Les repressages non numérotés peuvent provenir de QRP ou RTI selon la documentation ; identifier le lot réellement fourni compte donc. La fiche produit n’implique pas automatiquement un premier pressing numéroté. Atlantic 75 désigne le programme de réédition ; historiquement, l’album original est paru chez Charisma en 1973.
Les quatre faces créent des sections d’écoute accessibles. La face D conserve « The Cinema Show / Aisle Of Plenty » comme conclusion continue. La liste de cette édition utilise donc sept entrées pour les huit chansons originales. Rien n’a été retiré : les deux dernières pièces sont réunies. En comparant les éditions, cette convention de comptage mérite autant d’attention que la vitesse et le nombre de disques. Les changements de face supplémentaires font partie de l’expérience pratique du 45 RPM, tandis que l’ordre musical reste intact.
Cette édition invite particulièrement à écouter l’album entier : chansons, transitions et contributions des cinq musiciens. Selling England By The Pound organise son abondance de détails grâce à un sens affirmé de la forme. Un refrain peut devenir immédiatement familier, tandis qu’un passage instrumental ne révèle qu’à une écoute ultérieure la précision de sa préparation. Cette relation entre attrait direct et construction progressivement dévoilée donne toujours une raison de revenir à la voix d’ouverture.
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Série : Atlantic 75 Series – les 75 albums, voyage dans le temps et les gens derrière Atlantic
Musiciens
Musiciens et crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Peter GabrielIllustration existante · date non confirméechant, flûte, hautbois, percussionsParticipation : Musiciens de l’album ; instruments non attribués piste par piste
- Tony BanksIllustration existante · date non confirméeorgue Hammond, Mellotron, Hohner Pianet, ARP Pro Soloist, piano, guitare douze cordesParticipation : Musiciens de l’album ; instruments non attribués piste par piste
- Steve HackettIllustration existante · date non confirméeguitare électrique, guitare à cordes nylonParticipation : Musiciens de l’album ; instruments non attribués piste par piste
- Mike RutherfordIllustration existante · date non confirméeguitare douze cordes, basse, sitar électrique, violoncelleParticipation : musiciens de l’album ; instruments non attribués morceau par morceau ; violoncelle dans l’encyclopédie complémentaire
- Phil CollinsIllustration existante · date non confirméebatterie, percussions, chœurs, chant principalParticipation : chant principal B2 · More Fool Me ; autres rôles à l’échelle de l’album
Août 1973, Island Studios, Londres. Genesis et John Burns : production ; John Burns : ingénierie du son ; Rhett Davies : assistant. Betty Swanwick : peinture de couverture ; Barrie Wentzell : photographie. Instruments crédités à l’échelle de l’album, pas tous sur chaque titre. Phil Collins : chant principal uniquement sur More Fool Me ; attribution erronée de l’étiquette face D exclue. Chris Bellman / Bernie Grundman Mastering : gravure.
Comment Michael entend cette édition
Impression d’écoute · reformulée d’après la vidéo
Par rapport à son premier pressing britannique Porky, Michael perçoit davantage d’ouverture, considérablement plus de détails et une meilleure séparation des instruments, tout en retrouvant la fraîcheur et l’impact de l’original.












Pedro Gonzalez –
Overwhelming pressing. Cannot praise this enough. One of my top 10 albums in an immaculate edition. Thank Chad. And thank you shop team!
Manelus –
This one is perfect!
My previous Classic Records was very good, but this one, wow!
Roy Brezinski –
I own an original UK, original German and the Classic Records version.
Until the Atlantic 75 Analogue Productions release, the Classic was the best.
But this 45rpm Analogue Productions pressing smokes all others. It’s wonderful, wow, so clear, layered and dynamic.
Absolutely beautiful and worth the money.
Ralf Doerner –
Eine fantastische Platte die mit hervorragenden Klang. 🥰