Quatre musiciens et un univers sonore inhabituel
L’instrumentation d’Out There est déjà une invitation : Eric Dolphy avec quatre instruments à vent différents, Ron Carter au violoncelle, George Duvivier à la contrebasse et Roy Haynes à la batterie. Il n’y a pas de piano. Deux instruments à cordes occupent des places distinctes dans un quartet dont les relations peuvent changer à chaque instant. Le violoncelle revient à Carter, la contrebasse à Duvivier. Cette distinction compte. Ceux qui associent surtout Carter à sa place ultérieure dans le quintette de Miles Davis découvrent ici une autre facette de sa personnalité musicale.
Les quatre musiciens enregistrent au studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs le 15 août 1960. Esmond Edwards produit la séance, et l’album paraît en septembre 1961 chez New Jazz, label lié à Prestige, sous la référence originale NJLP 8252. Dolphy développe son langage inimitable au fil d’enregistrements comme leader. Le titre Out There convient à cette ouverture, même s’il serait réducteur de ne voir dans la musique qu’un geste de dépassement des frontières. Ses formes compactes, le choix d’œuvres d’autres compositeurs et l’attention aux couleurs instrumentales comptent tout autant.
Quatre compositions de Dolphy côtoient des pièces de Charles Mingus, Randy Weston et Hale Smith. Ces noms introduisent différentes approches de la mélodie, de la pensée harmonique et du caractère musical. Dolphy les confronte à sa propre imagination, donnant ainsi à l’album la cohérence qui manquerait à une simple succession de morceaux sans lien. Pour aborder cette musique, il est donc plus utile de suivre la voix qui mène un passage et ce qui change lorsqu’une autre lui répond que de chercher à la classer. C’est une musique aventureuse construite à partir de relations précises entre personnes et instruments.

Violoncelle, basse et batterie avec leurs voix propres
Le violoncelle de Ron Carter occupe une place qu’un quartet de jazz plus conventionnel pourrait donner au piano ou à un second souffleur. Son registre se situe entre les lignes aiguës du soliste et l’assise de la contrebasse. Cette disposition permet des contre-chants, des mouvements communs et des changements de densité sans imposer un schéma d’accompagnement fixe. Sur un album où Dolphy change souvent d’instrument, le registre médian du violoncelle devient un repère particulièrement intéressant. Il peut se rapprocher de la voix principale ou prendre une direction séparée.
George Duvivier donne à la contrebasse une partie autonome. Violoncelle et basse ne sont donc pas des descriptions interchangeables d’un même rôle. Suivre leur relation permet d’entrer dans l’organisation du quartet : où les lignes se rencontrent-elles, quand s’écartent-elles, et comment une note grave change-t-elle de sens lorsque Dolphy change d’instrument au-dessus ? La petite formation laisse ces questions se développer. Quatre musiciens peuvent créer une grande variété sans les couches instrumentales supplémentaires d’un ensemble de studio plus étoffé.
Roy Haynes complète le cadre. Dans un quartet sans piano, accents, couleurs des cymbales et placement des réponses rythmiques ont une importance particulière. Ils façonnent la musique entre les phrases du premier plan autant que sous elles. Écouter ces espaces révèle la part du caractère de l’album qui appartient à l’ensemble. Les contours mélodiques frappants de Dolphy sont un élément d’une conversation dont les autres participants influencent sans cesse la direction.
Il est utile de garder à l’esprit la répartition précise des instruments de Dolphy. Il joue du saxophone alto sur le morceau-titre et « Feathers », de la clarinette basse sur « Serene » et « The Baron », et de la clarinette conventionnelle sur « Eclipse ». « 17 West » et « Sketch of Melba » font entendre sa flûte. Ce sont quatre voix instrumentales distinctes, et non différents noms pour une sonorité de bois indifférenciée. Leur succession contribue à la forme de l’album et peut être suivie aussi consciemment que les changements de compositeur. Le passage de l’alto à la clarinette basse, par exemple, change immédiatement la perspective sur la première face.

Sept morceaux, différentes façons de retenir l’attention
La première face est entièrement composée par Dolphy. « Out There » commence au saxophone alto, puis la clarinette basse prend le relais pour « Serene » et le beaucoup plus court « The Baron ». Cet enchaînement empêche le quartet de s’installer dans une seule identité instrumentale. Les changements dépassent la hauteur des notes : articulation, attaque et façon d’entrer dans la texture varient selon l’instrument. Deux morceaux développés suivis d’un troisième concis donnent aussi à la face un équilibre interne net.
La deuxième face ouvre le programme à d’autres compositeurs. « Eclipse » de Mingus introduit la clarinette, suivi de « 17 West » de Dolphy et de « Sketch of Melba » de Weston, tous deux à la flûte. « Feathers » de Hale Smith revient ensuite à l’alto. La fin rappelle une couleur entendue au début tout en gardant l’impression d’un parcours à travers des cadres contrastés. Sept morceaux suffisent à établir une grande variété, sans exiger ni suite prolongée ni succession de formations de studio différentes.
Il peut être fécond d’aborder chaque composition comme un espace musical accessible. Une idée mélodique qui revient, l’intervalle entre deux entrées ou la direction d’une ligne d’accompagnement permettent parfois d’entrer dans la musique plus directement qu’en cherchant à expliquer chaque tournant en termes théoriques. La musique de Dolphy récompense l’attention, mais la curiosité n’exige pas de préparation spécialisée. À côté des grands intervalles et des couleurs inhabituelles associés à son jeu, cet album permet d’examiner la forme, la retenue et les échanges d’un ensemble réactif.
Cette combinaison particulière donne à Out There sa valeur dans une collection. Ce n’est pas simplement une étape interchangeable entre des titres mieux connus. L’instrumentation et la répartition des quatre voix de Dolphy donnent à la séance son caractère propre. Le violoncelle de Carter donne une raison supplémentaire de revenir à l’album : l’enregistrement conserve une relation musicale qu’on ne peut déduire des seuls rôles qui rendront ses participants célèbres ensuite. Des noms familiers peuvent encore conduire à des rencontres inattendues lorsque l’on prête attention aux détails d’une séance.
L’édition Prestige d’Analogue Productions
L’édition stéréo proposée ici est APRJ 8252, dans la série Prestige d’Analogue Productions. Kevin Gray la grave à partir des bandes analogiques originales, avec un pressage chez Quality Record Pressings. Cet album sur un seul LP tourne à 33⅓ RPM et est présenté dans une pochette contrecollée, avec l’étiquette à sillon circulaire profond associée à ce programme de réédition. L’éditeur indique actuellement 180 grammes ; des éditions antérieures documentées de la série étaient annoncées en 200 grammes. Ces poids appartiennent aux publications correspondantes et ne signifient pas que tous les pressages sont physiquement identiques.
Le format sur un seul LP conserve la conception en deux faces de l’album. Les trois compositions de Dolphy occupent la première, tandis que la seconde élargit le répertoire à Mingus, Weston et Smith aux côtés de « 17 West ». À 33⅓ RPM, cette structure reste intacte sans changements de disque supplémentaires. C’est une manière satisfaisante de se familiariser avec le programme : d’abord l’univers concentré de la première face, puis les perspectives changeantes de la seconde.
La prise de son de Van Gelder, la production d’Edwards et la gravure ultérieure de Gray renvoient à différentes étapes de l’histoire de cette édition. Ensemble, elles relient une séance inhabituelle de 1960 à une réédition clairement identifiée. Au centre restent quatre musiciens dont les instruments entretiennent une relation singulière. Out There invite l’auditeur à laisser du temps à cette relation, pour découvrir la richesse des détails et des mouvements que peut déployer un petit ensemble. Son attrait réside à la fois dans les voix individuelles et dans l’espace qu’elles créent ensemble.
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Autres disques d’Eric Dolphy : Outward Bound · At The Five Spot, Vol. 1
Question des clients : Acheter des disques Analogue Productions en Europe
Série : Analogue Productions Prestige – les 50 disques, musiciens et parcours de sessions
Musiciens
Musiciens participants et crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Eric DolphyPortrait : 1960saxophone altoParticipation : A1, B4
- Eric DolphyPortrait : 1960clarinette basseParticipation : A2, A3
- Eric DolphyPortrait : 1960clarinetteParticipation : B1
- Eric DolphyPortrait : 1960flûteParticipation : B2, B3
- Ron CarterPortrait : portrait existantvioloncelleParticipation : Toutes les pistes
- George DuvivierPortrait : portrait existant vérifiécontrebasseParticipation : Toutes les pistes
- Roy HaynesPortrait : portrait existant vérifiébatterieParticipation : Toutes les pistes
Les crédits concernent le programme du LP original présenté ici. Les autres formats et les titres bonus ne sont pas inclus.











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