Des archives toujours vivantes
Le titre peut induire en erreur. The Real Folk Blues ancre Sonny Boy Williamson II dans le blues électrique de Chicago, entouré de guitares, de claviers et d’une section rythmique attentive à ses lignes vocales singulières. Chess a réuni ces douze enregistrements après sa mort en 1965. Beaucoup étaient jusque-là restés inédits. Le disque fait donc plus que rassembler des succès connus : il ouvre les archives, faisant circuler des interprétations qui finiront par entrer dans les répertoires d’autres groupes.
Il s’agit d’Aleck « Rice » Miller, et non de John Lee Williamson, le musicien de Chicago plus ancien qui se produisait sous le même nom. Miller s’est fait connaître grâce à l’émission de radio King Biscuit Time, dans l’Arkansas, avant que ses enregistrements pour les labels de la famille Chess et ses concerts européens ne lui apportent de nouveaux publics. Cette compilation se concentre sur ses enregistrements tardifs à Chicago. Sa voix évoque un conteur qui observe attentivement son auditeur, prêt à retenir un instant la phrase suivante plutôt qu’à se précipiter vers sa conclusion.

Des chansons familières avant leur seconde vie rock
Willie Dixon a écrit « Bring It On Home ». Avant que Led Zeppelin ne s’en inspire, Williamson en avait fait une interprétation resserrée où harmonica, voix et accompagnement remplissent chacun une fonction distincte. Matt « Guitar » Murphy joue sur cet enregistrement. Si vous connaissez la chanson rock ultérieure, écoutez ici le calme entre les gestes. Répétition et attente font leur œuvre ; l’arrangement n’a pas besoin de s’amplifier constamment. Sa retenue attire l’attention sur la forme de chaque phrase.
Un autre lien conduit de « One Way Out » aux Allman Brothers, dont la version ultérieure en concert a fait découvrir la chanson à un vaste public rock. Sur l’album de Williamson, elle côtoie « Trust My Baby », « Sad to Be Alone » et « Checkin’ Up on My Baby ». Cette dernière n’avait pas paru en single avant cette compilation. Entendre les chansons ensemble rétablit une autre perspective : elles appartiennent à un répertoire personnel avant que les musiciens qui lui succèdent ne donnent à certains titres une seconde histoire.

Savoir laisser respirer une phrase
L’harmonica de Williamson prolonge le chant au lieu de simplement le doubler. Un bref motif peut ressembler à une question ; un passage plus long peut servir de commentaire. L’accompagnement conserve assez de souplesse pour répondre. Au fil des séances, on retrouve notamment Robert Lockwood Jr., Otis Spann, Willie Dixon et Fred Below. La formation n’est pas immuable. Les réponses changeantes derrière cette voix si caractéristique n’en sont que plus intéressantes : la compilation saisit une manière de travailler autant qu’un ensemble de chansons.
Insatisfaction, solitude, soupçon et désir de proximité voisinent dans ce répertoire. Williamson a rarement besoin d’une dramaturgie élaborée pour les faire sentir. Un accent ou une pause peut modifier le sens d’une phrase apparemment ordinaire. Ses participations à l’American Folk Blues Festival et son travail avec des groupes britanniques ont contribué à diffuser cette musique en Europe. Les interprétations de studio préservent toutefois son propre sens du placement et méritent d’être écoutées pour elles-mêmes, au-delà des versions célèbres qu’elles ont inspirées.
Cette édition
La référence ACHE 49069 de la Chess Acoustic Sounds Series présente l’album sur un LP de 180 grammes à 33⅓ RPM. Matt Lutthans en a réalisé le mastering au Mastering Lab ; l’éditeur indique les bandes analogiques originales comme source. Le pressage est assuré par Quality Record Pressings. La présentation comprend une pochette gatefold à contrecollage de type tip-on et les notes de pochette originales de Willie Dixon. Les douze morceaux suivent l’ordre de l’album classique, de « One Way Out » à « Too Old to Think ».
Série : Chess Records – les 10 disques : des singles devenus albums
Musiciens
Sélection documentée des musiciens participants. La formation peut varier selon les morceaux ; cette liste ne prétend pas être complète.
| Nom | Instrument / rôle |
|---|---|
| Sonny Boy Williamson | Harmonica, chant |
| Otis Spann | Piano |
| Lafayette Leake | Piano, orgue |
| Willie Dixon | Basse |
| Jack Meyers | Basse |
| Milton Rector | Basse |
| Fred Below | Batterie |
| Odie Payne | Batterie |
| Al Duncan | Batterie |






