Une dédicace enracinée dans l’art de jouer ensemble
Diana Krall dédie All for You au Nat King Cole Trio. Le sous-titre identifie un univers musical particulier : Cole chanteur et pianiste dans un petit ensemble réactif. Krall tient elle-même le piano, rejointe par Russell Malone à la guitare et Paul Keller à la contrebasse. Cette instrumentation est au cœur du projet. Sans batteur pour assurer un cadre rythmique continu, le mouvement naît de l’interaction de trois instruments, le chant s’inscrivant dans leur conversation. L’hommage implique donc davantage que le choix de chansons associées à un prédécesseur admiré. Il prend au sérieux une manière particulière de faire de la musique ensemble.
L’album est enregistré au Power Station de New York du 3 au 8 octobre 1995, avec Tommy LiPuma à la production et Al Schmitt à la prise de son et au mixage. Il paraît pour la première fois le 12 mars 1996 chez Impulse!/GRP. Si vous associez surtout Krall à des cadres orchestraux ultérieurs, vous découvrirez ici une tout autre échelle : voix, cordes, touches et relation entre mélodie et accompagnement. Les petites formations rendent les choix musicaux plus perceptibles. Là où un grand arrangement pourrait établir une couleur à l’avance, ces interprètes peuvent façonner l’espace autour d’une phrase par leurs réponses immédiates les uns aux autres.
Cela rend le disque intéressant au-delà de la dédicace elle-même. Vous n’avez pas besoin de connaissances spécialisées de la discographie de Cole pour suivre ces chansons. Connaître son trio offre cependant une autre voie. Quelles possibilités apparaissent lorsque piano et guitare peuvent tous deux contribuer à l’harmonie et au rythme ? Comment une contrebasse soutient-elle l’ensemble tout en ménageant des espaces ? Le programme de Krall invite à ces questions tout en restant direct et accessible. La tradition musicale devient un vocabulaire de travail pour une interprétation personnelle, animée par les choix concrets des musiciens plutôt que conservée sous verre. La taille réduite de la formation rend ces décisions particulièrement enrichissantes à suivre.

Douze chansons entre espièglerie et intimité
I’m an Errand Girl for Rhythm ouvre le disque comme une déclaration d’intention. Même le choix du titre attire l’attention sur les possibilités rythmiques du chant. Gee Baby, Ain’t I Good to You et You Call It Madness introduisent ensuite d’autres manières de s’adresser à l’autre, rapprochant affection, incertitude et affirmation. Ensemble, ces chansons donnent à la première face une forme resserrée. Trois chansons suffisent pour révéler les possibilités contrastées d’une même voix. Vous pouvez suivre les mots ou écouter comment piano et guitare soutiennent leurs accents ; chaque approche conduit vers les relations musicales sous-jacentes à l’album.
La face B place l’imagination enjouée de Frim Fram Sauce à côté de Boulevard of Broken Dreams et Baby Baby All the Time. Steve Kroon ajoute des percussions à Boulevard, changement de couleur précis dans une instrumentation par ailleurs réduite. Il s’agit de la chanson d’Al Dubin et Harry Warren, appartenant à l’ancien répertoire populaire, et non de l’une des compositions ultérieures partageant son titre. Bobby Troup apparaît deux fois dans le programme, à travers Baby Baby All the Time puis You’re Looking at Me. Ces liens contribuent à unir la sélection sans limiter l’album à un seul auteur.
Hit That Jive Jack commence le deuxième disque. You’re Looking at Me suit, avant que I’m Thru with Love ne conclue la troisième face. La dernière contient Deed I Do, A Blossom Fell et If I Had You. Cette dernière chanson présente une particularité dans les crédits : Benny Green est crédité au piano sur If I Had You. Son apparition comme invité appartient spécifiquement au morceau final. La distribution change donc vers la fin sans altérer le caractère intime du disque. Douze titres forment quatre séquences de trois chansons, donnant à chaque face un caractère facile à saisir tout en préservant le parcours d’ensemble du programme.

Piano, guitare et contrebasse comme voix musicales distinctes
Le double rôle de Krall comme chanteuse et pianiste compte tout au long de All for You. Une phrase vocale n’a pas à être simplement placée sur un arrangement achevé ; son accompagnement peut émerger de la même conception musicale. Une approche d’écoute utile consiste à suivre les transitions entre la ligne chantée et le piano. Quand une courte figure renforce-t-elle les mots, et quand peut-elle prolonger une pensée sans eux ? Ces questions concernent le placement et l’accentuation plutôt que le nombre de notes jouées. Elles relient la clarté d’une chanson familière à la liberté de façonner son mouvement par le jeu collectif.
Russell Malone apporte beaucoup plus qu’un timbre supplémentaire. Guitare et piano peuvent tous deux soutenir des accords et porter des lignes individuelles, ce qui fait de leur relation une part essentielle de cette instrumentation. La contrebasse de Paul Keller fournit un autre registre et sa propre voix rythmique. Lors d’une nouvelle écoute, essayez de vous concentrer sur la contrebasse et d’entendre les autres instruments autour d’elle. La perspective change. L’accompagnement devient une contribution musicale active dont l’efficacité dépend souvent de la souplesse laissée aux autres voix. Le format en trio donne beaucoup de matière à ce type d’écoute.
Les deux invités enrichissent ponctuellement ce noyau. Les percussions de Steve Kroon interviennent sur Boulevard of Broken Dreams ; le piano de Benny Green apparaît sur If I Had You. Green est ici le pianiste, distinct du journaliste britannique de jazz homonyme. Décrire tout le disque comme un enregistrement en quintette en dénaturerait le caractère, tout comme supposer un trio avec piano conventionnel mené par la batterie. C’est cette formation particulière qui est au cœur du propos. Dans une collection de disques de Krall, All for You place au centre son travail instrumental et sa relation avec deux partenaires réguliers. Cole est le dédicataire, tandis que l’intérêt durable du disque naît de l’identité des musiciens qui le réalisent.
L’édition Verve sur deux disques à 33⅓ RPM
L’édition proposée ici, AVER 514950, appartient à la Verve Acoustic Sounds Series et contient deux LP de 180 grammes à 33⅓ RPM. Selon l’éditeur, Bernie Grundman a réalisé le mastering de cette réédition à partir des bandes analogiques originales. Les disques sont pressés chez Quality Record Pressings, avec une pochette gatefold Stoughton Printing de type tip-on. Ces détails identifient cette réédition particulière. Ils doivent être distingués des crédits de production originaux : Doug Sax est nommé pour le mastering de l’album original, tandis que Grundman est crédité pour cette édition ultérieure. Un autre format du même album ne partage pas automatiquement son histoire de fabrication.
Les trois morceaux de chaque face forment une séquence courte et cohérente. Quatre faces impliquent trois changements, et leur répartition reflète l’échelle de l’album ; un double LP ne signifie pas nécessairement une lecture à 45 RPM. Choisir une édition suppose de tenir compte de sa fabrication, de son contenu et de la manière dont vous souhaitez l’écouter. La vitesse seule ne peut pas trancher une question générale de qualité. Ce pressing contient douze titres. When I Grow Too Old to Dream, qui apparaît comme titre supplémentaire dans certaines listes de l’album, ne fait pas partie de ce programme précis de deux LP. La distinction compte lorsque l’on compare des publications portant le même nom d’album.
Le parcours de l’hommage de Krall reste clair : une ouverture attentive au rythme, des chansons explorant différentes formes d’affection et la contribution du pianiste invité en conclusion. Une pochette gatefold soigneusement réalisée offre à l’enchaînement un écrin matériel adapté. Les amateurs de chant et ceux attirés par l’interaction d’une petite formation de jazz peuvent aborder le même disque sous l’un ou l’autre angle. Ni le chant ni le jeu instrumental ne sert de simple toile de fond à l’autre, et leur relation donne de nombreuses raisons de revenir. Vous commandez chez Michael 45 en Allemagne. Nous assurons l’importation depuis les États-Unis et l’expédition depuis Hilden.
Série : Verve – les 34 disques : voix, orgue et bossa nova
Musiciens
Musiciens et précisions sur les crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Diana KrallRéférence de portrait existante de 1998/99piano, chant principalParticipation : Musiciens de l’album ; aucune répartition piste par piste documentée
- Russell MaloneRéférence de portrait existante de 1998guitareParticipation : Musiciens de l’album ; aucune répartition piste par piste documentée
- Paul KellercontrebasseParticipation : Musiciens de l’album ; aucune répartition piste par piste documentée
- Benny GreenRéférence photographique ultérieure de 2007 · pianistepianoParticipation : D3 · If I Had You ; le pianiste, et non l’auteur homonyme
- Steve KroonpercussionsParticipation : B2 · Boulevard of Broken Dreams
Power Station, New York, 3–8 octobre 1995. Tommy LiPuma : producteur ; Al Schmitt : enregistrement et mixage ; Doug Sax : mastering original. Formation principale : Krall, Malone et Keller ; le pianiste Benny Green uniquement sur D3 If I Had You, Steve Kroon uniquement sur B2 Boulevard of Broken Dreams. Les crédits de l’album n’établissent pas la présence de chaque instrument sur chaque titre. Douze titres A1–D3 ; When I Grow Too Old to Dream ne figure pas sur ce double LP. Bernie Grundman a réalisé le mastering de cette réédition.










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