Un conteur avec son propre sens du temps
Certains musiciens ont besoin d’un grand ensemble pour animer toute une salle. Lightnin’ Hopkins a besoin d’une voix, d’une guitare et de la phrase suivante. Sur Goin’ Away, une petite section rythmique le rejoint, mais ce conteur singulier du Texas reste au centre de la musique. Enregistré le 4 juin 1963 au studio de Rudy Van Gelder à Englewood Cliffs, l’album paraît la même année chez Bluesville, le label blues de Prestige. Huit morceaux, tous crédités à Hopkins, composent un disque dont la richesse ne dépend pas d’arrangements élaborés. Elle naît d’une personnalité capable de transformer rencontres quotidiennes, plaintes, avertissements et observations fugitives en musique.
Né à Centerville en 1912, Hopkins a rencontré le blues bien avant que le public folk des années 1960 ne le découvre. Blind Lemon Jefferson et son cousin plus âgé Texas Alexander appartiennent à son premier univers musical. Ce contexte compte davantage pour Goin’ Away que l’idée d’un genre aux frontières nettes. Le blues peut être à la fois musique de danse, divertissement, reportage et affirmation d’indépendance. Un chanteur doit toucher ses auditeurs, sans que cela exige une forme fixée jusqu’à la dernière mesure. L’histoire elle-même contribue à déterminer le temps accordé à une pensée.
Au moment de cet enregistrement, Hopkins est entré dans un autre chapitre de sa carrière. Le soutien de Mack McCormick à partir de 1959 et l’intérêt croissant du public folk ouvrent de nouvelles possibilités de concerts. Le 14 octobre 1960, il se produit à Carnegie Hall dans un programme comprenant notamment Joan Baez et Pete Seeger. Goin’ Away appartient à cette période sans transformer Hopkins en un autre musicien. Face à ce nouveau public, il reste un artiste d’expérience qui se guide sur la force de conviction de son propre langage musical plutôt que sur les attentes d’une salle de concert.

Trois musiciens autour d’un jeu souple
La formation complète est d’une simplicité réjouissante : Hopkins chante et joue de la guitare, Leonard Gaskin de la contrebasse et Herbie Lovelle de la batterie. Le label précise que l’instrument de Hopkins est ici une guitare acoustique. Cela distingue la séance des prestations amplifiées dans les juke-joints de Houston qui font aussi partie de son histoire. Raconter cet album entièrement à travers l’image d’un guitariste de blues électrique serait donc trompeur. La séance met en avant un autre aspect de la même personnalité musicale : voix et cordes, soutenues par deux musiciens qui leur font place.
Gaskin et Lovelle ne se contentent pas de assurer un accompagnement régulier. Le texte de l’éditeur souligne tout particulièrement leur capacité à suivre Hopkins lorsqu’il traite librement les groupes de mesures conventionnels ou conclut une idée de manière inattendue. Cela exige une attention particulière. L’accompagnateur doit reconnaître un mouvement avant qu’il ne soit pleinement exprimé. La contrebasse de Gaskin donne des repères sans dicter au chanteur sa manière de gérer le temps musical. Les balais mentionnés dans le commentaire du label sur le jeu de Lovelle s’intègrent naturellement à cet accompagnement souple et relativement léger. Avec si peu de musiciens, le dialogue entre celui qui mène et ceux qui lui répondent devient le cœur de la musique.
Enregistrer chez Van Gelder crée aussi un lien intéressant entre le blues et le reste du catalogue Prestige. Aucun grand orchestre n’intervient, et il ne s’agit pas d’une séance de jazz accueillant un invité blues. Un artiste de blues à l’univers bien à lui bénéficie ici d’un cadre de travail resserré en studio. Ozzie Cadena supervise l’enregistrement, Van Gelder assure l’ingénierie du son, Dan Morgenstern écrit les notes et Don Schlitten assure la conception graphique et les photographies. Ces noms indiquent l’attention éditoriale que Bluesville apporte à la musique. Hopkins est présenté comme un artiste capable de porter un album complet, et non simplement comme une source de morceaux individuels.

Huit morceaux entre adresse directe et départ
Les titres suggèrent immédiatement la manière directe dont Hopkins s’adresse au monde qui l’entoure. Wake Up Old Lady ouvre la première face, suivi de Don’t Embarrass Me, Baby. Ce ne sont pas des intitulés abstraits, mais des phrases qui impliquent une situation et une autre personne. Suivre le dialogue entre les paroles chantées et les réponses de la guitare est une façon particulièrement féconde d’entrer dans cette musique. La guitare est davantage qu’un ornement entre les couplets. Elle participe au récit, capable de prolonger une pensée ou de laisser place à la phrase suivante. Dans une formation aussi réduite, prêter attention au lien entre ces rôles est particulièrement enrichissant.
Stranger Here et Little Sister’s Boogie apportent deux autres perspectives à la première face. Leur rapprochement fait passer de la figure de l’étranger à l’élan physique propre à la tradition du boogie. La face B commence par le morceau-titre, long de presque six minutes, puis continue avec You Better Stop Her, Business You’re Doin’ et I’m Wit’ It. De longues plages de récit alternent ainsi avec des morceaux plus compacts, sans changement de formation ni d’identité musicale. Les huit compositions sont créditées à Hopkins. Leur unité vient de sa voix d’auteur et d’interprète, plutôt que d’un concept imposé après coup.
Certaines de ces interprétations ont aussi circulé au-delà du LP. Bluesville a associé Business You’re Doin’ à Wake Up Old Lady et Goin’ Away à You Better Stop Her sur des singles. Cela rappelle que la musique pouvait toucher directement les auditeurs par des chansons isolées tout en portant un album plus long. Pour les collectionneurs actuels, cette double perspective fait partie de l’attrait. Ce chapitre d’histoire du blues n’est ni un simple document ni un exercice de conservation du répertoire. Ces chansons exprimaient leur époque à travers la voix d’un musicien en activité. Leur importance historique ne doit pas enfouir cette immédiateté sous une vénération digne d’un musée.
Le LP stéréo d’Analogue Productions
Cette édition présente Goin’ Away sous la référence APRJ 1073 dans la série Prestige Stereo d’Analogue Productions. L’album original paraît sous la référence Bluesville BVLP 1073. La réédition réunit les huit titres sur un LP à 33⅓ RPM. Cette disposition convient particulièrement au programme : quatre morceaux forment chaque face, le passage au morceau-titre ouvrant naturellement un nouveau chapitre. Plusieurs chansons peuvent se déployer à la suite sans que des changements de face supplémentaires interrompent le récit de Hopkins. Ici, la vitesse de 33⅓ RPM est donc plus qu’une donnée technique ; elle permet d’écouter aisément ce programme resserré comme un album à part entière.
Kevin Gray réalise le mastering chez Cohearent Audio à partir des masters analogiques, et Quality Record Pressings fabrique le LP. Gary Salstrom est crédité pour la galvanoplastie. La présentation comprend une pochette contrecollée traditionnelle, avec papier imprimé monté sur un carton épais. La description actuelle du fabricant indique un vinyle de 180 grammes. Des éditions antérieures de ce titre sont aussi documentées comme des pressings de 200 grammes ; cet historique ne permet pas de déterminer le poids ni la numérotation d’un exemplaire précis en stock. Les identifiants pertinents sont ici la référence, la présentation stéréo et le format LP simple, plutôt qu’une hypothèse sur un lot de fabrication particulier.
Pour une collection tournée vers le blues acoustique, le disque offre une rencontre directe et personnelle avec Hopkins. Il ne présente ni un soliste isolé ni un groupe qui enfermerait son expression dans une forme rigide. L’espace musical se crée entre un conteur et deux compagnons attentifs. Ce cadre resserré donne une bonne raison de s’attarder sur les détails : le passage d’un mot à une corde, le rôle de la contrebasse et le degré de participation de la batterie. L’attrait tient autant aux échanges entre les musiciens qu’à la contribution de chacun. Vous commandez chez Michael 45 en Allemagne. Nous organisons l’importation depuis les États-Unis et expédions depuis Hilden.
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Musiciens
Participants et état des crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Lightnin’ HopkinsPortrait des années 1960chant, guitare acoustique (crédit du label)Participation : Toutes les pistes
- Leonard GaskinPortrait 1960contrebasseParticipation : Toutes les pistes
- Herbie Lovellebatterie (balais, commentaire du label)Participation : Toutes les pistes
4 juin 1963, Van Gelder Studio, Englewood Cliffs. Ozzie Cadena : supervision ; Rudy Van Gelder : ingénierie du son ; Dan Morgenstern : notes de pochette ; Don Schlitten : conception graphique/photographie. Trio sur les huit titres. Guitare acoustique et balais selon le texte de l’éditeur.









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