Douze classiques entre soliste et ensemble
Le titre indique un effectif inhabituellement précis : Art Pepper plus onze. Ce n’est ni un quartet conventionnel ni simplement un groupe d’accompagnement plus large. Art Pepper + Eleven: Modern Jazz Classics place la voix personnelle de Pepper au sein d’un ensemble aux arrangements soignés. Marty Paich écrit les arrangements et dirige les musiciens. Douze morceaux du répertoire du jazz moderne composent le programme, enregistré lors de trois séances au printemps 1959 dans le studio Contemporary de Los Angeles.
La sélection ressemble à un panorama personnel du jazz depuis les années 1940. Charlie Parker et Dizzy Gillespie côtoient Thelonious Monk, Horace Silver, Gerry Mulligan, Jimmy Giuffre et Sonny Rollins. « Classics » désigne donc une musique qui, au moment de cet enregistrement, est encore relativement récente dans le paysage du jazz. Paich et Pepper l’abordent comme un répertoire vivant. Les morceaux prennent place dans de nouveaux arrangements d’ensemble sans devoir abandonner leur identité mélodique distinctive.
Le contraste entre la voix personnelle du soliste et les parties écrites de l’ensemble est au centre de l’attrait du disque. Un thème peut prendre un autre contour lorsqu’il est porté par plusieurs souffleurs plutôt que par un petit combo. Le soliste répond alors à des couleurs, des répliques et des transitions préparées autant qu’à la section rythmique. L’auditeur peut suivre deux niveaux liés : la personnalité de Pepper et les structures que Paich développe autour des compositions et des improvisations. Aucun de ces deux aspects ne se réduit à servir de cadre à l’autre.
Lester Koenig produit les séances, Roy DuNann et Howard Holzer étant crédités pour la prise de son. Contemporary publie les éditions originales mono et stéréo sous les références M3568 et S7568 ; cette réédition présente l’album stéréo. Pour ceux qui connaissent surtout Pepper en petites formations, c’est une autre perspective précieuse. La différence réside moins dans le nombre de musiciens que dans le rapport entre souplesse individuelle et parties écrites. La musique reste accessible dès la première écoute, tout en offrant de nombreux détails d’instrumentation et de jeu d’ensemble à explorer au fil des écoutes.

Onze accompagnateurs, une liste de musiciens changeante
Les séances ont lieu les 14 mars, 28 mars et 12 mai 1959. La liste complète des participants est plus longue que le titre ne le laisse penser, car certains postes de souffleurs sont tenus par différents musiciens. « Plus Eleven » ne signifie pas que tous les musiciens figurant dans les crédits jouent simultanément. Cette distinction compte pour collectionner le disque, comparer les interprétations ou simplement mieux connaître l’ensemble. La rubrique des musiciens attribue les contributions changeantes aux titres concernés, au lieu de présenter une liste indifférenciée.
Jack Sheldon joue de la trompette, tandis que Pete Candoli apparaît sur « Opus de Funk », « ’Round Midnight », « Walkin’ Shoes » et « Airegin ». Al Porcino occupe le poste de trompette correspondant sur les huit autres morceaux. Dick Nash est crédité au trombone, Bob Enevoldsen au trombone à pistons et au saxophone ténor, et Vincent DeRosa au cor. Ces instruments suggèrent déjà l’étendue des couleurs dont Paich dispose au-delà d’une simple association trompette-saxophone. Le cor et les différentes voix médianes et graves élargissent les possibilités de l’ensemble.
Les saxophonistes changent aussi. Herb Geller, Bud Shank et Charlie Kennedy interviennent à différentes dates, tout comme Bill Perkins et Richie Kamuca. Med Flory joue du saxophone baryton. Au piano se trouve Russ Freeman, le pianiste de jazz, et non le guitariste du même nom apparu plus tard. Joe Mondragon joue de la contrebasse et Mel Lewis de la batterie. Paich est crédité pour les arrangements et la direction ; il ne faut donc pas lui attribuer le piano simplement parce qu’il dirige les séances.
Pepper est crédité aux saxophones alto et ténor ainsi qu’à la clarinette. Celle-ci est précisément documentée sur « Anthropology », mais un crédit multi-instrumental à l’échelle d’un album ne signifie pas que chaque instrument apparaît sur chaque titre. Un disque comme celui-ci récompense l’attention portée à ces détails. Les crédits ne remplacent pas l’écoute pour expliquer la musique, mais révèlent des distinctions que peut masquer un nom célèbre sur la pochette. Ce qui pourrait sembler un accompagnement uniforme devient un groupe de personnalités musicales aux contributions distinctes.

Une histoire condensée du répertoire du jazz moderne
« Move » de Denzil Best ouvre le programme, suivi de « Groovin’ High » de Gillespie et d’« Opus de Funk » de Horace Silver. Ces trois identités mélodiques et rythmiques différentes montrent immédiatement l’étendue du jazz moderne représenté. Le disque ne se limite pas à reprendre une seule approche musicale. Une approche utile consiste à suivre le rapport entre énoncés thématiques, écriture d’ensemble et espace réservé à l’improvisation. Où la mélodie est-elle portée collectivement, et où une voix individuelle lui donne-t-elle un autre accent ?
« ’Round Midnight » fait entrer dans l’enchaînement le morceau singulier de Monk. « Four Brothers » renvoie à Jimmy Giuffre et à l’histoire de l’écriture pour section de saxophones, tandis que « Shaw ’Nuff » revient à Parker et Gillespie. La face A réunit ainsi des compositions dont les contextes originaux sont loin d’être identiques. Les arrangements de Paich leur fournissent un cadre commun. L’un des plaisirs du collectionneur est d’entendre ces versions en gardant à l’esprit d’autres enregistrements familiers, tout en laissant cet ensemble établir son propre caractère plutôt que d’en attendre une reproduction.
La face B commence par « Bernie’s Tune » et « Walkin’ Shoes » de Gerry Mulligan. « Anthropology », « Airegin », « Walkin’ » et « Donna Lee » complètent la douzaine. « Airegin » de Rollins appartient aussi naturellement au programme que les thèmes bebop associés à Parker. Le sous-titre prend corps dans cette sélection : l’accent porte sur un répertoire choisi pour être joué plutôt que sur un exposé scolaire chronologique. Chaque composition conserve son identité tout en s’intégrant à un album dont les arrangements, les musiciens et l’ordre des morceaux assurent la cohérence.
Avec douze interprétations relativement compactes, il est facile de changer de priorité d’une écoute à l’autre. La ligne de Pepper peut guider la première écoute ; les suivantes peuvent se concentrer sur la section rythmique ou les combinaisons changeantes des couleurs des vents. Le format d’ensemble offre beaucoup de détails sans dépendre de solos exceptionnellement longs. L’intérêt réside largement dans la distribution du matériau et dans le rapport entre passages préparés et improvisations. Cette relation fait du disque une redécouverte de compositions familières, plutôt qu’une simple anthologie de titres reconnaissables.
Contemporary, Bernie Grundman et cette édition
Le disque proposé ici porte la référence de commande ACONC 383 et appartient à la Contemporary Records Acoustic Sounds Series de Craft Recordings. Il faut la distinguer de la série Verve/UMe au nom voisin. Il s’agit d’un seul LP stéréo de 180 grammes à 33⅓ RPM, pressé chez Quality Record Pressings. Bernie Grundman assure le mastering entièrement analogique à partir des bandes originales. Une pochette contrecollée Stoughton fait partie de la présentation ; cette description ne signifie pas, à elle seule, qu’il s’agit d’une pochette ouvrante.
Ces détails de production précis sont particulièrement utiles pour un enregistrement Contemporary, car le nom du label suscite souvent de fortes attentes avant même l’écoute. DuNann et Holzer sont associés à la prise de son originale, Grundman au mastering de cette réédition et QRP à sa fabrication. Ce sont des étapes distinctes. Ensemble, elles décrivent le parcours qui mène des trois séances de Los Angeles à ce LP. Pour une collection de titres Contemporary, cette distinction est utile : l’équipe d’origine reste identifiable, tandis que le mastering et la fabrication de la réédition précise sont clairement nommés.
Un seul LP à 33⅓ RPM conserve la division originale en six morceaux par face. Pour un album de douze arrangements compacts, cela offre un avantage musical pratique : plusieurs passages d’ensemble peuvent se succéder avant qu’il faille retourner le disque. Les relations dans l’enchaînement restent intactes. Ceux qui veulent suivre un souffleur ou se concentrer sur Mel Lewis lors d’une autre écoute disposent aussi d’une liste claire, avec des repères précis. Continuité de l’album et écoute plus détaillée s’accordent donc aisément dans ce format.
Un problème d’attribution dans les crédits historiques mérite l’attention. Une annotation de pochette documentée donne une attribution contradictoire pour une séance de mars, citant deux fois un titre et en omettant un autre. Les attributions utilisées ici ont donc été vérifiées dans la discographie des séances. Les détails encore incertains ne sont pas présentés comme des certitudes. Le résultat reste une invitation à découvrir une association exceptionnelle : Pepper comme voix soliste principale, Paich comme arrangeur et un groupe riche de personnalités musicales distinctes. Vous commandez chez Michael 45, en Allemagne. Nous assurons l’importation depuis les États-Unis et l’expédition depuis Hilden.
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Série : Contemporary – les 24 disques : le jazz ensoleillé de Los Angeles
Musiciens
Musiciens participants et crédits documentés. Les références aux morceaux correspondent à la liste des titres.
- Art PepperPortrait : vers 1960saxophone alto, saxophone ténor, clarinette (notamment B3)Participation : Toutes les pistes
- Marty Paicharrangements, directionParticipation : Toutes les pistes
- Jack SheldonPortrait : portrait existanttrompetteParticipation : Toutes les pistes
- Pete CandoliPortrait : années 1950trompetteParticipation : A3, A4, B2, B4
- Al PorcinotrompetteParticipation : A1, A2, A5, A6, B1, B3, B5, B6
- Dick NashtromboneParticipation : Toutes les pistes
- Bob Enevoldsentrombone à pistons, saxophone ténorParticipation : Toutes les pistes
- Vincent DeRosacorParticipation : Toutes les pistes
- Herb GellerPortrait : 1971 · portrait de référence ultérieursaxophone altoParticipation : A3, A4, B2, B4
- Bud Shanksaxophone altoParticipation : A2, A6, B3, B6
- Charlie Kennedysaxophone altoParticipation : A1, A5, B1, B5
- Bill Perkinssaxophone ténorParticipation : A2–A4, A6, B2–B4, B6
- Richie KamucaPortrait : 1965saxophone ténorParticipation : A1, A5, B1, B5
- Med Florysaxophone barytonParticipation : Toutes les pistes
- Russ FreemanpianoParticipation : Toutes les pistes
- Joe MondragoncontrebasseParticipation : Toutes les pistes
- Mel LewisPortrait : 1959batterieParticipation : Toutes les pistes
Trois séances en 1959 ; les attributions par titre suivent la discographie recoupée. La mention de plusieurs instruments vaut pour l’album dans son ensemble et ne signifie pas que chaque instrument apparaît sur chaque titre. Marty Paich assure les arrangements et la direction ; Russ Freeman joue du piano.













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